Scènes

Christine Delmotte a eu l’excellente idée de mettre en scène le beau et émouvant livre de souvenirs familiaux d’Alain Berenboom, « Mr Optimiste », publié en 2013. Présentée au Théâtre des Martyrs, la pièce rend bien l’histoire du père et de la mère de l’avocat-écrivain, Juifs venus de Pologne qui échappèrent par miracle à la traque nazie et voulurent ensuite oublier les horreurs vécues et devenir de « vrais Belges ».

Chez Alain Berenboom, l’émotion est toujours pudeur et mise à distance par l’humour et l’autodérision. Sur scène, Daphné D’Heur et Fabrice Rodriguez incarnent tous les protagonistes de cette saga familiale dans le rire, les pleurs, les espoirs, le rythme, les chansons (superbes voix et chants yiddish de Daphné D’Heur), la manipulation d’objets poétiques et les allusions à Tintin.

On est plongé dans le monde juif d’avant-guerre et sous l’occupation, et, à la fois, dans cette furieuse envie de s’assimiler.

Alain Beerenbom avait attendu de longues années après la mort de son père et de sa mère pour s’atteler à ce très beau récit sur sa famille. Pour cela, il a puisé dans des documents découverts par miracle et qu’on montre sur un rétroprojecteur: vieux journaux, photos jaunies, documents administratifs, lettres d’avant-guerre, gardées par sa mère et venues de Makow, la ville polonaise d’où venait son père.

La mort de Sara

Alain Berenboom, l’avocat, l’écrivain souriant, découvrait un père, indécrottable "Monsieur Optimiste", malgré une histoire si dramatique.

Comme tant d’immigrés juifs ayant survécu par miracle à l’Holocauste, la famille « Berenbaum » avait choisi d’occulter cette histoire, d’épargner au fils l’indicible et de devenir plus belge que les Belges.

Les lettres écrites dans le yiddish du shtetl familial faisaient apparaître alors, surgis du cauchemar de l’Histoire, Aba, le grand-père toujours fourré à la synagogue, Frania, la grand-mère qui, seule, échappera au massacre et ira en Israël; Sara, la sœur si belle et douce, qui était venue en Belgique mais fut rappelée, pour son malheur, à Varsovie par un père autoritaire, au moment où arrivaient les premiers chars nazis.

On pleurerait de tant d’aveuglement devant la mort qui avance comme on est heureux de découvrir ce petit flic belge et ces fonctionnaires communaux qui sauvèrent in extremis le couple de la déportation vers Auschwitz.

Après un tel drame, le père est devenu un mécréant qui ne cessait de lire la Bible à son fils. Et celui-ci, à son tour reste fasciné par la Bible et finit par lire le kaddish à l’enterrement de son père.

Monsieur Optimiste, Théâtre des Martyrs, Bruxelles, jusqu’au 12 décembre