Scènes

A bientôt 40 ans, la Liégeoise est récompensée pour sa prestation dans “La Vénus à la fourrure". La pièce mise en scène par Jérémie Lippmann est inspirée d'un roman érotique de l'Allemand Léopold von Sacher-Masoch. Adaptée par le dramaturge américain David Ives, elle a fait un tabac à Broadway en 2010-2011 avant de connaître un sort tout aussi enviable à Paris jusqu'au 18 avril dernier. Marie Gillain y incarnait un personnage exigeant qui lui a valu les éloges de toute la presse.

Quelle belle aventure que celle que vit Marie Gillain depuis qu’elle a incarné Vanda dans “La Vénus à la fourrure”. Voici récompensée par le Molière de la meilleure comédienne dans un spectacle de théâtre privé celle dont la carrière s’est majoritairement déroulée devant les caméras. Elle ne sera montée sur les planches qu’à quatre reprises, avec succès : une nomination aux Molières pour “Le Journal d’Anne Frank” en 1995 et un Molière 20 ans plus tard.


Talent belge sur écrans français

Il y a presque 25 ans, en 1991, Marie Gillain faisait cavaler Depardieu, “son père, ce héros” sous la direction de Gérard Lauzier. Un beau succès, un beau souvenir, se disait-on, alors, pour cette Liégeoise de 16 ans, fraîche et ravissante. C’était la première ligne d’une filmographie qui la verra donner la réplique à des collègues prestigieux, être dirigée par des pointures de la mise en scène. C’étaient aussi les premiers pas d’une toute jeune fille qui allait, à l’aube des années 90, ouvrir la porte du cinéma français aux actrices belges. Cécile de France, Deborah François et d’autres suivront dans la foulée.

Bertrand Tavernier ne voit pas en elle qu’une très jolie fille, il décèle un authentique talent et le fait exploser dans “L’Appât” en 1995 (deuxième nomination au César du meilleur espoir féminin). Elle tourne ensuite face à Daniel Auteuil – alors au sommet de sa gloire – dans “Le Bossu” de Philippe de Broca. Et encore une nomination aux César. Et puis elle est choisie par les frères Taviani, Ettore Scola…

On la croit définitivement lancée pour une carrière internationale mais, au début des années 2000, on va la perdre un peu de vue. Elle ne tourne plus qu’un film par an, souvent un peu décevant. “Ni pour ni contre (bien au contraire)” n’est pas le meilleur Klapisch. Danis Tanovic, énorme révélation à Cannes avec “No man’s land”, déçoit avec son film suivant, “L’Enfer”. Entre Karin Viard et Emmanuelle Béart, Marie Gillain y joue encore et toujours une étudiante. Sa fraîcheur est devenue un handicap, les metteurs en scène peinent, malgré ses 30 ans, à l’imaginer dans des emplois plus mûrs.

Son image n’est plus un obstacle

Une carrière de cinéma, c’est une roue, on est tantôt en haut, tantôt en bas. En 2007, Régis Wargnier la fait repartir à la hausse dans “Pars vite et reviens tard”, adapté d’un roman de Fred Vargas. Suivront Guillaume Nicloux, Jean-Paul Salomé, “La Très Très Grande Entreprise” de Jolivet, “Coco avant Chanel” d’Anne Fontaine. Et enfin “Toutes nos envies” où Philippe Lioret la filme comme une formidable battante. Elle est nominée pour le César de la meilleure actrice.

Le problème certes demeure ; elle est toujours aussi fraîche, aussi jolie, mais les réalisateurs connaissent désormais son registre, de la comédie au drame, de Mouret à Lioret. Pascal Thomas ajoutera qu’elle n’a pas froid au yeux dans “Valentin, Valentin”.

Désormais, son image avenante n’est plus un obstacle, ainsi dans “Landes” François-Xavier Vives lui confie le rôle d’une cheffe d’entreprise qui prend sa destinée en mains sans renoncer à sa féminité.

David Murgia, Vannessa Van Durme et Jos Houben, ainsi que la coproduction belge “Germinal” d’Antoine Defoort et Halory Goerger étaient également en lice pour un Molière. Ils n'ont pas été primés.