Scènes Par Théâtre en Liberté, mise en scène par Pascal Crochet, une fable contemporaine et immémoriale. Critique.

Dans la foulée du "Songe d’une nuit d’été", qu’Hélène Theunissen montait la saison dernière, et où Shakespeare cite Ovide, Théâtre en Liberté souhaitait travailler plus avant sur les "Métamorphoses" du poète latin. Le collectif basé au Théâtre des Martyrs a proposé à Pascal Crochet ce projet, mettant ainsi en présence deux univers, deux esthétiques, autour d’une matière a priori non théâtrale.

Familier, depuis plusieurs années, des créations qui s’élaborent en dehors des écritures dramatiques pures, Pascal Crochet s’attelle volontiers à des thématiques (la beauté, l’intime, la nuit) ou des auteurs (Franz Kafka, Robert Walser…) étrangers à l’art dramatique, construisant une œuvre habitée, personnelle, sensible. 


Un théâtre des éléments

Alors que, confie-t-il, les lectures qui le nourrissent depuis quelque temps ont trait à l’écologie, à la biologie, au monde végétal et animal, la relecture d’Ovide lui a révélé les ponts à établir entre la pensée contemporaine sur le vivant et ce texte ancien "dans lequel on parle de métamorphoses, de transformations en plantes, en animaux, en pierres, en eau".

Ainsi donc s’est élaborée la création : sélectionner des fragments des "Métamorphoses", pour leur enjeu poétique et/ou leur résonance écologique, les retravailler, les rendre audibles et transmissibles, les faire entrer en dialogue avec un propos d’aujourd’hui.

© Isabelle De Beir

C’est ainsi un théâtre des éléments, de la distance et du rapprochement, mais aussi de l’image et du son, du groupe et de l’individu, qui se déploie sur le grand plateau des Martyrs. Où des mots résonnent. "Tout change, rien ne périt. Le souffle vital circule." Où des troncs nus finiront par devenir des arbres de haut-parleurs. Où de petites plantes en pot portent chacune le prénom d’un des neuf acteurs/personnages : Maxime Anselin, François Badoud, Dolorès Delahaut, Stéphanie Goemaere, Thierry Lefèvre, Sylvie Perederejew, Camille Rasera, Hélène Theunissen, Laurent Tisseyre. Où les sens réveillent les consciences. "Nous sommes dans une situation clinique, au chevet d’un malade. Et nous sommes simultanément les patients et les médecins. Si nous ne sommes pas prêts au sacrifice, il n’y a guère d’espoir."

Scénographie (Satu Peltoniemi), son (Rayond Delepierre), lumières (Florence Richard), mouvement (Anne-Rose Goyet) forgent, avec ces messages pertinents, un tout sculptural qui pourtant nous semble manquer de lien. La communauté de ces ambitieuses "Métamorphoses" partage et débat, les mythes portés avec emphase se mêlent aux gestes quotidiens. Le dialogue, certes à l’œuvre, ne nous emporte guère au-delà de l’exercice de la rencontre entre l’hybridation scénique, singulière signature de Pascal Crochet, et la théâtralité puissamment incarnée de Théâtre en Liberté.

© Isabelle De Beir


  • Bruxelles, Théâtre des Martyrs (grande salle), jusqu’au 10 février, à 20h15 (mardi et samedi à 19h, dimanches 21/1 et 4/2 à 16h). Durée : 1h45. De 8 à 20 €. 
  • Bord de scène mardi 16 janvier à l’issue de la représentation, avec Michel Gheude. 
  • Infos & rés. : 02.223.32.08, www.theatre-martyrs.be