Scènes

Le spectacle "J'ai dix ans" sonne comme un au revoir à ses sketchs passés. On se souviendra de ses imitations de Céline Dion, Christophe Maé, Jacques Brel... Avant de se lancer dans de nouveaux projets, l'imitateur voulait partager une dernière fois avec son public les meilleurs extraits de ses shows ainsi que des nouvelles créations. Mais pas question de reproduire à l'identique. Le spectacle de Michaël Gregorio a grandi avec lui au fil des années. Plus complet, plus complexe, plus diversifié... L'humoriste livre à Lalibre.be ses secrets de conception.

En quoi votre nouveau (et dernier) spectacle est-il différent des autres ? Comment le qualifieriez-vous ?

Sans aucun doute de "protéiforme". Il y a une partie "reprises" et une autre totalement inédite. Il y a plus de comédies, plus de sketchs, plus de vidéos... Je ne m'arrête pas ici à la performance vocale. Il y a effectivement des extraits de mes premiers shows mais je ne les joue pas de la même manière qu'à mes débuts. Pour savoir lesquels on allait remettre en scène, on est passé par les réseaux sociaux pour savoir ce que voulaient revoir les gens. Par exemple, le sketch le plus sollicité était celui de Diego. Ce n'était pas prévu à la base de l'intégrer à la tournée mais on s'est dit que cela aurait été dommage de ne pas l'utiliser si le public avait envie de le revoir sous une nouvelle forme.

C'est pourquoi on est plus dans l'évolution que dans le changement. Qui plus est, j'aime la différence de rythme et les ascenseurs émotionnels. C'est pour cela que j'ai mixé différents styles de musique. Du jazz à l'opéra, en passant par le rock... Ce spectacle me ressemble.

Le titre de votre spectacle est à double sens.

Oui. "J'ai 10 ans", ce n'est pas seulement un retour sur dix années de spectacles. C'est également un flashback de quand j'étais enfant, de ce que j'écoutais comme Nirvana, Friends, la Macarena... J'avais envie de partager cela.

© Kmeron

Quelle est la partie que vous préférez jouer sur scène ?

Quand je me jette dans le public à la fin de la représentation ! (rires) C'est la récréation pour moi. "J'ai dix ans" fait également allusion aux plaisirs de l'enfance. C'est tout de même l'un des seuls métiers où l'on ne travaille pas, mais où l'on joue. C'est extraordinaire.

Quelle est la voix que vous imitez le mieux ?

Je suis un fan de Jacques Brel donc je prends un réel plaisir à jouer Amsterdam sur scène. Mais certains jours, c'est plus difficile que d'autres. Pas nécessairement dans la justesse mais plutôt dans le "jeu". Cela peut arriver que je ne sois pas à l'aise dans le rôle ou que je ne trouve pas comment le jouer. En réalité, ce que j'ai appris en dix ans, c'est qu'il vaut mieux parfois s'éloigner du réel pour mieux interpréter. Cela ne sert à rien de recopier. On me demande d'ailleurs parfois combien de voix je possède. Je n'en ai qu'une. Mais l'interprétation change tout.

Les gens croient que les imitateurs se focalisent sur la voix mais c'est faux. La réalité, c'est que c'est à la fois un travail d'écriture et un travail sur le corps. Je peux parfois mettre 30 minutes à créer un personnage, d'autres fois des années. Par exemple, j'ai voulu imiter Stromae. Cela m'a pris entre un an et demi et deux ans voire plus avant d'y arriver. Je n'étais pas à l'aise puis j'ai eu l'idée d'imaginer un nouvel univers autour du personnage, et plus de l'imiter. J'ai donc travaillé avec sa chorégraphe. Ensemble, nous avons tenté de "l'évoquer" plutôt que de le reproduire. Parce que quand je lève mon bras, comme je suis petit, ça ne donne pas du tout le même effet que lui. (rires)

Avez-vous encore le trac avant de monter sur scène ?

Oui et je crois que je l'aurai toujours. Mais il a évolué. Il pouvait me pétrifier à mes débuts comme lorsque j'étais en première partie de Céline Dion. Maintenant, c'est l'inverse. Il me donne de l'énergie.

© Accor Arena

D'ailleurs, avez-vous un rituel ?

Oui, il faut dire que cela fait dix ans que je tourne avec les mêmes personnes donc on commence à avoir nos habitudes. On se retrouve tous ensemble juste avant la représentation pour déconner un peu. C'est notre rituel à nous pour nous aider à nous détendre.

Y a-t-il des particularités entre les différents publics que vous avez côtoyés ?

Dans un même pays, d'un soir à l'autre, le public va être totalement différent. Les rires ne résonnent pas de la même manière tous les soirs. En fonction de la salle, des embouteillages, du jour de la représentation, si les gens sont détendus... Il y a énormément de facteurs qui jouent.

Je n'aime pas les généralités... Enfin, c'est un comble pour moi de dire cela ! (rires) Mais oui, beaucoup d'artistes vous diront qu'il y a de l'ambiance en Belgique.

Ce spectacle est votre dernier. Vous disiez vouloir vous lancer dans de nouveaux projets. Vous en aviez assez de la scène ?

Non pas du tout, ce n'est pas une "fatigue" de la scène. Mais j'avais besoin d'essayer autre chose, de faire une pause avec ce format-là. J'ai deux nouveaux projets en cours. Le premier est une pièce musicale prévue pour fin 2019. L'autre est un spectacle autour de la voix et de la "nouvelle magie" sur lequel j'ai travaillé avec une anthropologue. Il sera prêt avant ou après la pièce, cela dépend des financements.