Scènes

Le grand metteur en scène qui avait raconté l'affaire Dutroux avec des enfants revient au Kunsten avec «Empire». Critique et rencontre.

Avec « Empire » joué au Kunstenfestivadesarts à Bruxelles, Milo Rau, 40 ans, clôture une trilogie entamée à Bruxelles en 2014 avec « The Civil Wars » et qui interroge l’Europe, son histoire, ses mythes, ses guerres et sa tragique actualité à ses frontières. « Empire » reprend le même dispositif que les deux volets précédents : quatre acteurs viennent tour à tour raconter leur histoire personnelle, assis à une table de cuisine devant une caméra : une Juive roumaine dont la famille fut exterminée, un Grec qui a fui la dictature des colonels, un Syrien et un Kurde qui ont dû fuir en Europe. Milo Rau assume, là, une antithéâtralité apparente, ce qu’il appelle son « minimalisme dépressif » : seuls comptent ces témoignages amplifiés par la caméra, une belle musique et par quelques éléments filmés sur place, et ils suffisent à créer une forte émotion (il a été au nord de la Syrie et de l’Irak).

Ce sont des récits intimes qui rappellent l’enfance où le père battait le fils, où on pleure les parents morts quand on est en exil, où le Syrien tente de retrouver son frère mort parmi 12000 photos d’assassinés par Assad. Quatre destins qui renvoient à l’Histoire et aux mythes grecs fondateurs, en particulier l‘Orestie et la vengeance sans fin. Un des acteurs le dit : « Le malheur reste fidèle au genre humain ». Un théâtre « documentaire » plongé dans l’actualité brûlante vue depuis les frontières de l’Empire Europe, frontières physiques au Moyen-Orient, symboliques avec les mythes grecs. Avec, sous-jacente, la question de la tragédie : Quel est ce savoir obscur qui n’accouche de rien mais déploie le cauchemar des crimes passés, se demande Milo Rau.

Nous avons rencontré ce metteur en scène d’origine suisse, habitant l’Allemagne que toutes les scènes d’Europe s’arrachent.

En 2016, vous avez créé le magnifique et multiprimé « Five Easy Pieces », l’histoire de Dutroux racontée par des enfants.

(...)