Scènes

Donnée hier à Charleroi, la fable-opéra de Patrick Leterme sera à l’Opéra de Liège le 27 octobre. Recommandable.


Pour la quatrième fois depuis 2014, le Festival (devenue « Les Festivals ») de Wallonie a confié à Patrick Leterme le projet famille de son édition annuelle. Après « Brundidbar », « Okilélé » et « Yôkai ! », voici « Momo », dont l’époustouflant Verviétois signe les textes, la musique, l’orchestration, la mise en scène, les chorégraphies et la direction musicale. Inspirée du roman éponyme de Michael Ende (publié en 1973), l’histoire se construit sur deux axes : d’une part, la rencontre avec la petite Momo, orpheline vagabonde et bienveillante dont l’écoute attentive a le pouvoir de révéler les êtres à eux-mêmes (le psychothérapeute Carl Rogers était très suivi au début des années 70…) et, de l’autre, la résistance d’un groupe d’enfants – aidés par Momo – face aux « voleurs de temps ». Temps d’aimer, de chanter, de jouer, de créer…

On pourra reprocher au livret un côté naïf et un découpage parfois heurté (surtout au début), il n’empêche : les thèmes traités - d’une actualité cruciale – font mouche, servis ici par une production d’une virtuosité étourdissante.

© Les festivals de Wallonie

Musique chatoyante

La musique, tout d’abord, introduit une juste complexité, là où le texte en manquerait, se logeant dans un langage orchestral précis et chatoyant, « alla » Bernstein, mais totalement d’aujourd’hui, faisant la part belle aux vents et aux percussions mais sans renier le classicisme des cordes (Nicolas Stevens, premier violon (et clavier !)), avec un accordéon chavirant (Michel Lambert) comme agent de liaison. Au total une douzaine d’excellents musiciens acquis à la cause.

Trois chanteurs solistes sont associés à la production : l’incroyable Chris De Moor, basse de légende, jouant et chantant ici le rôle de Beppo le balayeur, dont la tirade sur Momo l’écouteuse arracherait les larmes à une pierre, Leandro Lopez- Garcia, le Temps hors du temps, et Lionel Couchard, Gigi, le pétulant guide touristique. Trois figures d’adultes, complices du combat des enfants.

Les enfants magiciens

Car, on le devine : les véritables magiciens de l’affaire sont les enfants eux-mêmes. Ils sont treize, âgés de 10 à 15 ans, à avoir été sélectionnés sur audition fin 2016. Ils y ont passé toutes leurs vacances et tous les dimanches de mai et de juin 2017 et, chance pour ceux qui les ont découverts dimanche dernier au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, ils ont déjà eu l’occasion de roder le spectacle dont la première eut lieu à Flagey, le 2 juillet dernier (Festival Musiq’3).

Tous ont des voix pures et justes, un sens du rythme infaillible – attesté lors de chorégraphies millimétrées – et ce don de scène naturel qui hisse d’emblée la production à un niveau « exportable », pour ne pas dire « professionnel » (terme forcément abusif). Pas de tête d’affiche mais une cohésion organique au sein d’un groupe toujours à l’action, toujours en musique, toujours en mouvement, avec, quand même, parmi tous ces surdoués, une petite Momo qui fait craquer les foules par sa grâce et sa simplicité.

Et de songer face à tant d’évidence que chez nous, depuis deux générations, le chant n’est plus enseigné ni pratiqué à l’école - sauf exceptions liées à la bonne inspiration des enseignants -, alors qu’il représente un accès unique à la beauté et à la complexité du monde.

Prochaine représentation à l’Opéra de Liège le vendredi 27 octobre à 19h.


Festival de Wallonie-Hainaut au PBA de Charleroi : Florian Noack (le 10/10), Chœur de Chambre de Namur (le 13/10) et Michel Legrand (22/10). Infos : 071.31.12.12. et www.lesfestivalsdewallonie.be et www.operaliege.be