Scènes

Moussia Haulot est décédée mardi soir à Bruxelles. Avec elle disparaît une personnalité attachante qui portait haut les valeurs de l'art et de la culture mais aussi de la citoyenneté et de la démocratie en parfaite symbiose avec Arthur Haulot dont elle partagea la vie pendant 37 ans. 

Moussia était née à Bruxelles de parents russes immigrés, dans un milieu d'artistes où la danse, le chant, la musique, la peinture, la poésie occupaient une place prépondérantes. Des racines qui lui donnèrent des ailes dans ses engagements successifs…

Comme ses parents étaient très proches des surréalistes belges, elle s'immergea dès son enfance avec un bonheur égal dans la poésie de Pouchkine comme dans celle de Chavée. Son enthousiasme l'amena aussi à apprécier autant Mozart que le jazz et la musique tzigane. Et à faire montre de talents personnels réels aussi bien dans la danse que dans la peinture.

Avec aussi la volonté de faire partager sa passion du Beau. En organisant notamment des spectacles poétiques au cœur de Bruxelles. Comme illustratrice, on lui doit nombre de portraits, de vitraux, de timbres, de médailles, d'affiches et elle fit même l'objet d'un documentaire d'Henri Storck sur son œuvre picturale. Aux côtés d'Arthur Haulot, elle fut pendant près de 40 ans une des chevilles ouvrières passionnées des Biennales Internationales de la Poésie. Sa passion réelle pour tout ce qui conduit à épanouir l'enfant et l'adulte, l'avait amenée en 1976 à créer avec son mari la "Journée Mondiale Poésie Enfance" en conclusion des Biennales Internationales de la Poésie.

Jusqu'à ces dernières années, elle a pris à bras le corps cette belle et vaste entreprise d'éducation populaire à la poésie, répandue dans de nombreux pays et dont l'essor fut tel qu'il bénéficia de l'appui de l'UNICEF comme de l'UNESCO. Cet engagement lui a valu l'attribution de la Médaille d'Or du "Prix Schweitzer" en l'an 2000, et en 2004, le "Prix de la Réconciliation à travers les Arts" remis par le "Search for Common Grounds".

En 1999, Moussia Haulot a repris la direction des "Tribunes Poétiques" qui accueillent six fois par an des jeunes poètes et des auteurs confirmés.

Jusqu'à la mort de son époux en mai 2005,Moussia l'épaula aussi avec tout son dynamisme et son amour dans son de plus en plus difficile combat pour le devoir de mémoire et le souvenir de celles et ceux qui avaient sacrifié leur jeunesse et souvent leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale dans la lutte contre le fascisme et le nazisme. C'est ainsi que nous reviennent à l'esprit plusieurs souvenirs de moments communs très émouvants vécus dans les camps de la mort, notamment en avril 1995 lors du cinquantième anniversaire de la libération du camp de Dachau mais aussi à l'occasion du passage du flambeau du souvenir entre les générations.

Très attachée à la mémoire d'Arthur, Moussia Haulot n'eut de cesse de plaider pour qu'on célèbre dignement le centenaire de sa naissance en novembre 2013. Son jusqu'au-boutisme malgré une triste indifférence officielle politique belge finit par payer puisqu'en novembre 2016 elle participa au vernissage d'une exposition consacrée à Arthur dans la salle de lecture du Sénat. Un bel hommage puisqu'on y retrouva de nombreux documents mais également sur des objets chers à Haulot – comme sa tenue de prisonnier politique et ses nombreuses décorations… Une exposition qui rappela aussi à Moussia ses combats réccurents pour la démocratisation de la culture et de l’éducation permanente menés avec lui.

Jusqu'à la fin de sa vie, Moussia Haulot fourmilla de projets gravitant autour de la parole poétique ou en prose… convaincue de leur dimension pacifique. Lors d'une de nos rencontres Moussia Haulot nous interpella… «Que serait le monde sans la force des mots, base de tous les dialogues sans lesquels la paix relèvera toujours de l'utopie? C'est parce que Sadate et Begin se sont parlé qu'il y a eu l'espoir de la paix, c'est parce que les anciens ennemis ont échangé les mots plutôt que les armes que l'Europe a pu voir le jour...»