"Moutoufs" ou les équilibristes

Marie Baudet Publié le - Mis à jour le

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Cinq "petits égarés" questionnent leur identité, leur mixité, les clichés sur leur point commun : Belges de père marocain. Une création du Kholektif Zouf, à Liège et bientôt en tournée. Critique.

C’est le genre de projet qui, ayant germé dans l’âme et l’histoire de ceux qui le portent, mûrit longuement. Déjà présent, en version courte, dans l’édition 2016 du festival XS, "Moutoufs" a pleinement éclos au Théâtre de Liège, avant une tournée qui le mènera en Wallonie et à Bruxelles.

Le Kholektif Zouf unit ici cinq actrices et acteurs, tous belges de père marocain. Un point commun et des dizaines de variations, dont témoigne ce spectacle, fruit d’une écriture "polyphonique". Car chaque famille a son histoire singulière, à commencer par la rencontre des parents, voire à remonter jusqu’à la venue de ces jeunes hommes dans un pays où fuir le leur, où travailler, où étudier.


D’emblée, les métaphores visuelles fonctionnent à plein régime : de la valise que porte chacun (évoquant tant le voyage des pères que l’héritage des enfants) aux cabines de photomaton (où fusent les injonctions, d’où sortent les portraits indispensables aux documents officiels, et où aussi se réfugier). Décor et costumes, ingénieusement modulables dans leur simplicité, sont signés Renata Gorka, alors que les mouvements du plateau sont traversés d’images vidéo, surgissant du passé ou donnant un visage à la voix des pères.

Il y en a, des voix, dans "Moutoufs" : récits entremêlés, paroles incarnées, interprétations détournées, doutes assumés. Et tous ces fils à démêler... Qui est-on quand on ne parle pas la langue de son père ? Que transmet-on à ses propres enfants de leurs racines plurielles ? Que privilégier pour construire une identité ? Qu’est-ce qu’on laisse se délaver ?

"Je suis un bébé ouananiche égaré", chantent-ils, paraphrasant Dick Annegarn.
© Alexandre Drouet

"Moutoufs" : c’est comme ça qu’on les appelait, dans la cour de récré, parmi d’autres noms. Une appellation qui leur aurait convenu, c’est "ouananiche", le petit égaré, désignant une espèce de saumon qui renonce à remonter la rivière, et qu’ils détourneront en chanson à la façon de Dick Annegarn.

S’il y a des maladresses, quelques longueurs, voire un peu trop de clichés - fût-ce afin de les dénoncer - dans leur démarche, Othmane Moumen, Hakim Louk’man, Myriem Akheddiou, Monia Douieb et Jasmina Douieb (qui signe la mise en scène) réussissent à transmettre dans cet objet finement tissé ce qui fait un lien, un chemin, une histoire : de l’intime des détails aux grands traits d’une génération, des adhésions aux renoncements. 

Jusqu’à la liberté d’inventer qui l’on est. Même "musulman et artiste". Ce qui, aujourd’hui, est "encore plus antisystème que les passages en télé de Gainsbourg dans les années 80".

© Alexandre Drouet

  • Liège, Théâtre (salle de l’Œil vert), jusqu’au 20 janvier, à 20h (mercredi et samedi à 19h). Durée : 1h40. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be 
  • Ensuite au Théâtre de La Louvière du 22 au 24 (064.21.51.21), à la Maison de la culture de Marche-en-Famenne les 25 et 26 (084.31.46.89), à la Maison de la culture de Tournai du 29 janvier au 1er février (069.25.30.80). 
  • Et à Bruxelles, le Public, du 22 février au 24 mars. Tél. 0800.944.44.
Marie Baudet

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