Scènes

Un lino effet bois, un écran, une benne à ordures (elle aussi recouverte d’un film façon chêne clair), une plante verte en plastique, des chaises en Formica, une table, quelques boissons industrielles, un vélo pliable. Et une pomme rutilante qui, entre le verger où elle a poussé et le supermarché où elle a été choisie, a subi pas moins de 24 traitements chimiques.

Les éléments de la première partie sont ainsi simplement posés, quasiment quotidiens (Prunelle Rulens signe scénographie et costumes). Ce sont eux dont se servent Alice Hubball, Marie Lecomte et Hervé Piron pour étayer leur constat consterné et dans l’air du temps : pris en tenaille par une crise à la fois écologique, énergétique, économique, le monde court à sa perte. Or, tout informé qu’on soit des dérives de la surconsommation (pour résumer), l’inertie nous guette, en proportion peut-être de l’indignation qui a mille raisons de nous saisir.

Entre concret et artifice

Acheter, jeter, polluer, se laisser tenter, préserver son confort, renoncer, trier, choisir, ralentir… Tout est possible, tant que ça dure. Le collectif Rien de spécial - qui s’aventure depuis le vertigineux "In vitrine" dans la zone floue entre personnes et personnages, réel et fiction, concret et artifice - explore ici derechef les interstices où se tapissent nos ambivalences, nos petits arrangements avec nos consciences.

Pour ce faire, le trio (épaulé aussi par Maxime Bodson au son, Laurent Talbot à l’animation vidéo, Maria Clara Villa Lobos à la chorégraphie, Joël Bosmans aux lumières, Eno Krojanker comme œil extérieur, et même Emmanuelle Esther au tricot) s’appuie sur de vrais faux autoportraits, de ludiques suggestions d’équivalences, un fin travail sur la transposition scénique de ces contradictions anxiogènes - y compris la mise en question même des moyens déployés au théâtre pour traiter de ces sujets.

Jusqu’à nous projeter en 2070, dans un avenir apocalyptique. Insoutenable autant que vraisemblable.

Avec sa piquante autodérision, Rien de spécial pose ainsi sur nos angoisses un filtre qui à la fois les adoucit et les ronge, sans donner de leçon ni rien lisser de nos ambiguïtés.


-> Bruxelles, Petit Varia, jusqu’au 28 avril, à 20h. Durée : 1h15. De 8 à 21 €. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be

-> Autour du spectacle : projection d’un documentaire sur l’écologie (jeudi 21/4 à 19h), du film "Le Thé ou l’électricité" de Jérôme le Maire (samedi 23/4 à 18h30). Mardi 19/4 et vendredi 22/4, rencontre après-spectacle. Samedi 23/4 de 14h30 à 18h30, repair-café.

-> "Obsolète" également à la Maison de la culture de Tournai les 10 et 12 mai. Infos & rés. : 069.25.30.80, www.maisonculturetournai.com