Scènes

On avait laissé Alice (Hubball), Marie (Lecomte) et Hervé (Piron) à la fête d’anniversaire minutée de "In Vitrine", première création du collectif Rien de Spécial, épinglée parmi les meilleures découvertes de la saison 2011-2012. Le trio, qui observait là le culte du bonheur obligatoire et le fait qu’il ne nous rende pas plus heureux, continue de scruter nos contradictions. Cette fois face à l’état du monde en général, à la crise écologique et économique en particulier.

"Il faut faire quelque chose, tout le monde est d’accord désormais : même les climatosceptiques se raréfient." Quelque chose mais quoi ? Comment ? Et est-ce que ça suffira ? "Tant qu’on n’est pas dans la catastrophe, ou qu’on ne peut pas s’identifier à la problématique des autres, on se maintient dans notre zone de confort. Et même quand on prend conscience - comme lors de la diffusion de la photo du petit Aylan -, la vague d’émotion ou d’indignation finit par retomber. Et on continue…"

Ambiance légèrement paranoïaque

Les trois complices se sont abondamment documentés tout en s’interrogeant en tant que citoyens, parents, artistes. La première partie d’"Obsolète" fait état de ces engagements qu’on prend, des gestes qu’on pose, de nos petits arrangements avec nos consciences, de la culpabilité qui nous taraude. Bref, de cette "ambiance légèrement paranoïaque : pas moyen de faire un mouvement sans créer des dommages. On choisit pour ses enfants une literie antiacariens, très bien, jusqu’à ce qu’on découvre qu’elle est pleine d’insecticides et de fongicides tout aussi toxiques sinon plus nuisibles que les acariens eux-mêmes. Tout ça crée un climat anxiogène. Toutes ces informations, qui nous arrivent, voire qu’on cherche avidement, qu’est-ce qu’on en fait ? Il y a un effet de sidération, qui parfois nous cloue sur place" .

Voilà alors, avec leur nouvelle création - au Petit Varia dès jeudi - de quoi "partager cette angoisse et en rire un peu" . C’est que ces questionnements "créent des phobies, des obsessions, des caractères théâtralement intéressants" .

L’électrochoc du futur

"Obsolète" - ainsi intitulé en référence à l’obsolescence programmée (bas nylons qui filent, ampoules qui grillent, lave-linge à remplacer au bout de quelques années quand celui de mamy fonctionnait pendant un bon quart de siècle…) - dépasse ce constat et ces désillusions par une "solution d’artistes" : "Si cette prise de conscience est si problématique, allons dans le futur voir si l’électrochoc fonctionne…"

Dans l’avenir que le collectif imagine pour la deuxième partie, "la transition énergétique a échoué - ce qui est d’ailleurs tout à fait possible. On est aux antipodes d’un univers sillonné par les voitures volantes, mais au contraire dans une sorte de Moyen Age. Une fiction qui, même en tant qu’artistes, nous est insupportable" .

Or si ce futur nous paraît apocalyptique par rapport à notre confortable quotidien, "il fait tout à fait penser à ce que vivent aujourd’hui d’autres gens" , même pas forcément loin d’ici, comme le montre notamment le film "Nulle part en France" de Yolande Moreau.

Ni militants ni rassurants : honnêtes

La culpabilité au départ et la désillusion à l’arrivée : tels seraient donc les pôles d’"Obsolète" ? Alice, Marie et Hervé ne se veulent ni militants ni rassurants, pas plus que didactiques, même si les réflexions menant au spectacle auront durablement modifié leur mode de vie, confient-ils.

"On n’a pas la réponse. On est là pour soulever des questions, avec honnêteté. Pour mettre des gens ensemble face à ces sujets qui nous préoccupent, qui font partie de nos vies à tous - enfin, à une toute petite partie du monde occidental…" C’est ce rassemblement d’humains que visent surtout ceux qui, de leurs - de nos - névroses contemporaines, ont décidé de faire théâtre, avec une bonne rasade d’humour. Parce qu’aussi "l’énergumène du XXIe siècle est quand même assez cocasse dans ses contradictions" .

Bruxelles, Petit Varia, du 14 au 28 avril, à 20h. Durée annoncée : 1h10 env. De 7 à 21€. Infos&rés. : 02.640.35.50, www.varia.be

Tournai, Maison de la Culture, du 10 au 12 mai. Infos&rés. : 069.25.30.80, www.maisonculturetournai.com

Charleroi, l’Ancre, du 21 au 25 mars 2017.