Scènes La directrice du théâtre a présenté lundi les grandes lignes du dossier remis à la ministre.

Modeste par l’aide dont il bénéficie, généreux par les projets qu’il génère ou soutient, Océan Nord occupe une place particulière dans le paysage scénique bruxellois. Sur le plateau brut et profond de cet ancien garage devenu théâtre sont nées quelques-unes des créations remarquables des dernières années (du lumineux "4:48 Psychose" de Sarah Kane en 2008 à la séminale "Musica deuxième" de Marguerite Duras - pour n’épingler que des duos).

Il y a deux ans, Isabelle Pousseur et Michel Boermans annonçaient une saison 2015-2016 "drastiquement limitée" à deux accueils. La saison en cours en aura présenté quatre - au prix d’une réduction de l’équipe permanente, donc de 70 000 euros à réinjecter dans la part artistique. "Or, si on inclut mes créations et d’autres (des deuxièmes projets de jeunes compagnies, comme c’est souvent le cas ici), l’enveloppe se vide aussitôt", explique la directrice. Qui, la saison prochaine, signe une grosse création, adaptée du dernier chapitre de "Last Exit to Brooklyn" d’Hubert Selby Junior, en coproduction avec le Théâtre de Liège et le Rideau de Bruxelles.

Comme ses homologues, théâtres et/ou compagnies, Océan Nord a remis à la ministre Alda Greoli un dossier ("très cadré, où il s’agissait de répondre à des questions précises") en vue de la "remise à plat" de tous les contrats-programmes et conventions dans le secteur des arts de la scène.

Volet A : "Socle"

Un dossier en deux volets. "Le volet A, baptisé Socle, ne nécessite pas d’autre augmentation que l’indexation (gelée depuis 2008, NdlR) et s’articule, outre mes spectacles, autour de compagnonnages. En l’occurrence les compagnies de Myriam Saduis, Thibaut Wenger et Virginie Strub auraient une résidence administrative." Point important de ce socle : la formation continue, via des ateliers pour professionnels, mais aussi le développement de résidences ("pour permettre à de jeunes professionnels qui n’ont pas encore de production de travailler") et de laboratoires ("destinés à des artistes ayant une production à leur actif mais besoin d’un temps de travail que ne leur donnent pas les institutions").

Ce volet, poursuit-elle, comprendra également le travail de médiation que mène de longue date l’Océan Nord, avec notamment un atelier intergénérationnel et la participation renouvelée au Pass à l’acte, faisant le lien entre théâtre et école.

Volet B : "Déploiement"

La subvention actuelle étant plafonnée à 490 000 euros par an, le théâtre estime à 300 000 euros l’augmentation nécessaire au "Déploiement" que prévoit le volet B du dossier.

Celui-ci, outre les éléments du volet A, consisterait à articuler la saison autour de "Temps forts", d’une durée de 8 à 10 semaines, en collaboration avec un autre lieu, portant sur une thématique, et chacun comprenant un premier projet. "Pour le dossier, on a travaillé sur deux saisons : 2018-2019 et 2019-2020", précise Isabelle Pousseur.

En partenariat avec le Rideau de Bruxelles, le premier Temps fort explorerait "Témoignages, cultures, métissages", avec notamment trois petites formes traitant de mouvements d’identités. En outre, la saison inclurait la reprise du passionnant "Décris ravage" d’Adeline Rosenstein, et une création d’Emilie Maréchal, "mais aussi un concert-spectacle, une carte blanche, des ateliers"

Mené avec le Théâtre de la Vie, le deuxième Temps fort affirme que "Le monde a besoin de féminin", avec des créations de Sofie Kokaj, d’Isabelle Gyselinx ou encore un texte écrit par Caroline Lamarche pour Magali Pinglaut.

Parmi les autres propositions du volet "Déploiement" : un artiste en résidence par saison, "à qui il sera proposé un salaire à mi-temps, un bureau et 12 semaines de studio de travail, en échange de quoi il ou elle participera à la vie du théâtre : réunions d’équipe, médiation, animations, etc." Où l’on voit qu’à l’Océan Nord l’artistique n’omet jamais la vraie vie.

Théâtre Océan Nord, 63-65 rue Vandeweyer, 1030 Bruxelles. Infos : 02.216.75.55, www.oceannord.org