Scènes

Depuis trois ans, le monde lyrique a ses Oscars : les Opera Awards, remis par un jury réuni au prestigieux hôtel Savoy de Londres à l’initiative du mensuel anglais "Opera", véritable bible de la profession. Les distinctions pour l’année 2014 ont été remises dimanche soir, et ont consacré notamment Philippe Boesmans, dont le dernier opéra - "Au monde", d’après la pièce éponyme de Joël Pommerat - a été créé à la Monnaie en mars et dont l’enregistrement discographique vient d’être publié chez Cypres. Victoire légitime pour une œuvre saluée alors en ces pages comme le plus réussi des sept opéras du compositeur belge, attestant d’"une maturité souveraine, mais aussi un niveau de liberté dont il n’avait jamais bénéficié auparavant". Victoire importante aussi pour la Monnaie, maison indissociable du nom de Boesmans puisque six de ses opéras y ont été créés et qu’il y a longtemps rempli des fonctions de conseiller musical.

"Un formidable encouragement"

Dès la fin de la soirée, dimanche, le service de presse de la Monnaie expédiait d’ailleurs un communiqué de presse triomphant, rappelant - à raison - que "chaque année, la Monnaie investit énormément dans les créations", et soulignant : "Ce prix est un formidable encouragement à poursuivre dans la voie d’exploration que nous nous efforçons de suivre et une magnifique reconnaissance du travail accompli quotidiennement par nos équipes." Façon, sans doute aussi, d’exorciser une légère déception : la maison lyrique bruxelloise, tout comme d’ailleurs l’Opéra Flamand (qui, lui, s’en revient complètement bredouille), avait été nommée comme un des six finalistes dans la catégorie "Maison d’Opéra de l’année", un titre qui échoit finalement à la Komische Oper de Berlin après avoir couronné les années précédentes les Opéras de Francfort puis Zurich.

Des choix britannico-centristes

Parmi les autres Opera Awards attribués par le jury, on retiendra les noms d’Anja Harteros (meilleure chanteuse), Christian Gerhaher (meilleur chanteur), Semyon Bychkov (meilleur chef) et Richard Jones (meilleur metteur en scène, anglais et couronné notamment sans doute pour son "Rosenkavalier" de Glyndebourne). Occasion, sans doute, de confirmer un léger biais de la cérémonie : très majoritairement anglo-saxon et significativement anglais, le jury (et même si la plupart de ses membres voyagent beaucoup) reste forcément influencé par ce qui se passe à Londres et aux environs. La production jubilaire couronnée pour l’année Strauss 2013 est ainsi la formidable "Femme sans ombre" dirigée à Londres par Bychkov (justement, alors qu’il est sinon peu présent à l’opéra) et mise en scène par Claus Guth (mais elle avait déjà été montée deux ans plus tôt à la Scala), la nouvelle production de l’année est une "Khovanschina" de Birmingham et l’intégrale discographique est le "Fantasio" d’Offenbach produit par le label anglais Opera Rara. Des choix pleinement légitimes, mais légèrement britannico-centristes.