Scènes "La Brèche" des Belges Jacques-Alphonse De Zeegant et Marguerite de Werszowec Rey a conquis Valence.

De l’action humanitaire sur fond de réflexion philosophico-religieuse à la création culturelle, il y avait un chemin de paradis que Jacques-Alphonse De Zeegant a emprunté royalement… Ce n’est sans doute pas par hasard si son chemin a (re)croisé celui de Marguerite de Werszowec Rey… Jamais deux sans trois ! Après avoir composé - lui - et écrit ensemble - elle - "Le mystère du salut" et "Le Chemin des Dames" qui ont fait au propre comme au figuré de grandes (et belles) heures à l’abbaye de la Cambre et à la cathédrale des Saints-Michel-et-Gudule - ils ont récidivé de magistrale façon avec leur opéra "La Brèche", dimanche dans le bel amphithéâtre romain de Sagunto, à un jet de pierre de Valence, ce Sagonte, pas tout à fait inconnu des latinistes… Et pour cause, puisqu’elle se retrouva sur la route d’Hannibal qui y déclencha la seconde guerre punique.

L’impossible rédemption ?

"La Brèche" se situe à l’époque contemporaine, mais rappelle que les dictateurs sont de toutes les époques et de tous les horizons idéologiques. Et puis, surtout, l’opéra fait remonter l’interpellation fondamentale - du moins pour ceux qui ne se contentent pas définitivement d’un monde en blanc ou en noir - que l’on peut toujours s’interroger sur une rédemption finale. Même si c’est on ne peut plus politiquement incorrect et, à vrai dire, si peu imaginable même pour les plus miséricordieux d’entre nous, pour Hitler, Staline, Pol Pot, Pinochet…

Et si l’Enfer existait quand même ?

Mais les veuves des Führer, Duce et Lider Maximo, pas nécessairement associées, souvent tenues à l’écart, des dévoiements coupables de leurs époux ne peuvent-elles pas au moins se poser la question fondamentale de savoir si celui dont elles ont partagé l’existence peut malgré tout se retrouver du bon côté ? Et donc pour ces compagnons de route et de couche de ne pas être condamnés à séjourner jusqu’à la fin des temps en enfer, quel que soit, au fond, la manière dont on voit cette géhenne comme croyant ou comme agnostique voire athée, étant entendu qu’aujourd’hui nombre d’hommes d’Eglise doutent de sa réalité.

C’est une manière d’entrer dans ce puissant et bel opéra belge, par ses auteurs et par ses interprètes musicaux, l’Orchestre et le Chœur symphonique d’Hulencourt dirigés avec maestria par Palmo Venneri, tellement italien mais aussi somme toute très belge par son immersion très réussie dans toutes nos spécificités, la moindre n’étant pas d’avoir pu sensibiliser l’Union européenne à ce projet hors norme. En même temps, avec des textes très ciselés, tellement "to the point" auxquels répond une musique tantôt tourmentée, tantôt divine, c’est aussi le parcours d’une femme aimante qui, au fond, voudrait, en passant elle aussi sur l’autre rive, sauver l’élu de son cœur des souffrances éternelles. Une terrible lutte entre le bien et le mal sur fond d’une dimension transcendantale dérangeante en cette ère de relativisme absolu.

Un metteur en scène très "perso"

Dieu sait si ce genre de questions dérange aujourd’hui. Ce sera le seul bémol de cette création mondiale : dimanche, Paco Azorin, le metteur en scène a "en stoemelings" détourné son message final en affichant à la clôture du dernier acte la phrase de Nietzsche "Dieu est mort" en lieu et place d’un "Victoire" permettant au moins une réflexion philosophique pas définitive pour autant. Un acte déploré par les créateurs car ce militantisme athée a violé les droits intellectuels et moraux des auteurs, remettant en question le sens même de l’œuvre. Le compositeur et l’auteure du texte étaient sous le coup, mais aussi heureux de constater que leur œuvre reconnue musicalement et poétiquement dérangeait…