Scènes L’ORW exhume "Le Domino noir" d’Auber. Les Belges Davin, Hecq et Gillet en têtes d’affiche.
 

Daniel-François-Esprit Auber ? Celui de la station de métro ? De "La muette de Portici" ? Oui, mais aussi l’auteur d’une cinquantaine d’autres opéras parmi lesquels "Fra Diavolo" et "Manon Lescaut" ont déjà retrouvé la lumière à Liège ces dernières années. Dès ce vendredi, ce sera au tour du "Domino noir", immense succès au XIXe siècle (plus de 1 200 représentations), que l’ORW propose en coproduction avec l’Opéra-Comique de Paris. Direction musicale de Patrick Davin, Anne-Catherine Gillet dans le rôle d’Angèle et, pour la première fois à l’opéra, Valérie Lesort, plasticienne française, et Christian Hecq, sociétaire belge de la Comédie-Française. Un duo qui met en scène à quatre mains et répond dans une joyeuse complicité : "C’est Olivier Mantéi, le directeur de l’Opéra-Comique, qui a fait appel à nous, explique Hecq. Quand il m’a appelé en me disant qu’il voulait me voir pour me parler du "Domino noir", je pensais qu’il voulait me proposer un rôle parlé. Mais en fait, il avait vu notre spectacle "Vingt mille lieues sous les mers" et voulait nous confier la mise en scène. Nous n’avions aucune expérience de l’opéra, mais nous y avons immédiatement pris goût. Ce "Domino noir" est un mélange de Feydeau, de Cendrillon et de conte de Noël."

Lesort surenchérit : "Notre truc, c’est le visuel. Mantéi nous a choisis parce que nous avons notre univers avec des effets spéciaux et des marionnettes, terme à prendre au sens large : cela peut être, comme ici, un déguisement d’animal qui correspond à la psychologie du personnage. Notre but est de rendre l’histoire la plus lisible possible. Nous avons fait quelques coupures dans les dialogues parlés et réécrit certains de ces textes, car ils semblaient parfois un peu datés. C’est en écoutant de la musique, bien plus qu’en lisant le livret, que l’œuvre nous a séduits."

Le rôle de la danse

Si la partition du "Domino noir" emprunte plus d’une fois au style espagnol, ces hispanismes ne sont pas déterminants pour le duo franco-belge : "Nous avons plutôt cherché à développer la dimension magique. C’est pour cela aussi que chaque acte aura son identité visuelle, avec une immense horloge pour le premier, un grand sapin - Noël ! - pour le deuxième et un étrange couvent avec des gargouilles au troisième. Et nous avons aussi choisi de rendre visible ce fameux bal masqué au cours duquel Angèle porte le domino noir." La danse jouera un rôle important, et une chorégraphe assiste les deux metteurs en scène : "Nous utilisons la danse pour tout ce qui est autre que le chant. Autant la musique est puissante et nous conduit, plus d’une fois, à dire aux chanteurs ‘arrêtez-vous à ce moment, laissez juste sortir la musique’, autant les danseurs seront précieux, notamment pour aider les mouvements des choristes."

"Le Domino noir" est avant tout un opéra-comique dans tous les sens du terme, et Hecq et Lesort ne cherchent nullement en faire une lecture politique : "On n’est pas des intellos ! On veut juste faire des spectacles visibles par chacun, quel que soit son âge ou son milieu." Les deux complices reconnaissent toutefois ne pas être indifférents à la présence de la religion dans le livret : "C’est l’histoire de deux femmes et amies qui veulent vivre la vie avant d’entrer définitivement dans les ordres. Et face à ce fait religieux dominant - la mère abbesse porte carrément une église comme coiffe ! - on verra notamment que Brigitte fait dépasser ses jambes de sous sa robe de novice…"

Liège, ORW, du 23 février au 3 mars; 04.221.47.22 ou www.operaliege.be