Scènes

De derrière un rideau, une voix appelle, insistante. Devant, une silhouette en jupe trapèze vaque à ses occupations dans un enchaînement stylisé. La voix, c’est l’enfant, réclamant de l’attention. La silhouette, c’est la mère, ses "une seconde", ses "j’arrive" .

Dans l’oshiire, placard à portes coulissantes, traditionnellement les familles japonaises rangent objets usuels et souvenirs. Les enfants peuvent s’y cacher. Voire y être enfermés en guise de punition. C’est un mystère familier, un cocon, un danger. Un symbole aussi dont Uiko Watanabe a fait le titre de sa nouvelle pièce, créée au D Festival.

Ayant étudié la danse depuis l’enfance, puis plus tard aux Pays-Bas, la jeune femme (née à Tokyo en 1975) est interprète notamment pour Philippe Decouflé, Fatou Traoré, Maria Clara Villa Lobos ou les Ballets C. de la B., mais aussi, côté théâtre, chez Sofie Kokaj ou Armel Roussel. A partir de 2008, elle crée ses propres chorégraphies. Toujours une présence, la puissance concentrée d’un corps menu et vif. De l’humour aussi.

Clichés évacués

C’est à cette facette qu’on s’attend en sachant qu’Uiko Watanabe partage le plateau, pour "Oshiire", avec l’acteur Vincent Minne. De l’humour il y aura, par touches décalées, alors que se profile l’histoire d’une famille monoparentale dans un Japon où cette configuration est rare. Le comédien, dans le rôle de la mère, épuise dès les premiers instants le registre, les œillades, les gestes de l’homme qui joue la femme. Ces clichés sciemment évacués, il fait sien le récit à la fois banal et déchirant d’une relation fusionnelle, houleuse, tendre parfois, terrible aussi.

Une petite fille "difficile" qui à huit ans dans une rédaction écrit "pourquoi les autres ne sont pas comme moi ?". Une épouse et mère et professeur prisonnière de ces rôles, qui confie "plus personne ne m’appelle par mon prénom". Le divorce des parents, le choix imposé de la mère, l’anorexie de la fille. Le désarroi. Le départ comme une quête de salut. La lettre par laquelle les ponts sont coupés. La petite fille devenue femme.

Narrative et intime par nature, la danse d’"Oshiire" dévoile avec une grâce jamais naïve ce lien si ordinaire et singulier d’une fille à sa mère. Sujet récurrent du théâtre notamment, ici abordé avec une délicatesse rare, une sensibilité balancée par de fortes options visuelles. Du côté de l’épure, comme pour mieux laisser jaillir les fulgurances.

Encore au D Festival, à Bruxelles : "Espiritu I" de Marielle Morales + "Il Dolce Domani" par la Cie Giolisu, du 10 au 12 juin au Marni (02.639.09.82, www.theatremarni.com). "All Instruments" de Sarah Ludi, du 11 au 13 juin aux Tanneurs (02.512.17.84, www.lestanneurs.be).

"Oshiire" à l’Ancre, Charleroi, du 11 au 13 juin, à 20h30. Infos & rés. : 071.314.079, www.ancre.be