Scènes Aurore Fattier relit Shakespeare en défiant les clichés et le temps.

Il y a mille façons de lire Othello, le Maure de Venise, dont la première représentation eut lieu en 1604. Aux clichés "rock-gothique-dark" auxquels se réduit souvent la tragédie de Shakespeare aujourd’hui, Aurore Fattier répond par une esthétique qui emprunte davantage au film noir et aux atmosphères jazzy enfumées, et ponctuée de masques.

Si la bravoure, l’admiration et l’amour entre le vaillant Othello et la noble Desdemona servent d’assise à la fable, l’on est plongé sans délai dans les manigances de Iago qui fera naître et croître en Othello une jalousie qui le dévorera, le transformant en meurtrier.

"Othello, dit la metteuse en scène, est une pièce érotique sur le destin, le désir et la beauté." Ambition, fantasme, haine raciale, violence conjugale s’y ajoutent pour composer un tableau en plusieurs volets. Où des titres projetés et quelques scènes en gros plan (création vidéo de Vincent Pinckaers) modifient l’échelle et ouvrent la perception au détail des peaux, des regards.

William Nadylam et Koen de Sutter

Pour camper les pôles de la tragédie, Aurore Fattier a choisi deux acteurs d’exception. William Nadylam (qui fut notamment Hamlet chez Peter Brook, est familier du grand comme du petit écran, et qu’on verra dans le 2e volet des Animaux fantastiques) livre un Othello d’une tendresse altière avant que se referme sur lui le piège d’infamie qu’élabore Iago. Celui-ci trouve en Koen de Sutter une silhouette, un timbre presque burlesque, une nonchalance inquiétante, magnétique. Pauline Discry (Desdemona), Anna Schaeffer (Emilia), Vincent Minne (Cassio), Fabien Magry (Rodrigo), Nancy Nkusi, Jérôme Varanfrain et Serge Wolf habitent avec eux ce polar qui, parfois, prend des accents de vaudeville.

Par instants, Aurore Fattier étend le sujet hors de la fiction, vers l’analyse même de l’œuvre, de son histoire et de son présent, quand par exemple William Nadylam détaille les projections que suscite la figure d’Othello - le doute de l’acteur s’ajoutant à celui du personnage. Ou dans l’évocation, plus tard, de Gabalus, premier ténor noir à incarner Othello à l’opéra, éveillant le désir des femmes et la jalousie des hommes. Ces mises en perspective renforcent la lecture plurielle que nous propose la metteuse en scène, dans l’élégante scénographie de Sabine Theunissen et les lumières de Matthieu Ferry.

  • Liège, Théâtre, jusqu’au 5 octobre. Durée : 3h30, entracte compris. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be 
  •  Namur, Théâtre, du 9 au 12 octobre. Infos & rés. : 081.226.026, www.theatredenamur.be