Scènes

Pablo Andres a fait appel à Charlie Dupont pour mettre en scène son spectacle (complet) à Forest National.Le Stromae de la connerie." 

C’est avec ces mots, amicaux et bienveillants dans sa bouche, que l’acteur belge Charlie Dupont décrit le jeune homme qui est assis face à lui. Il ne le connaît pas depuis très longtemps - deux mois à peine - mais il jure avoir mesuré l’ampleur comique de celui qu’il met en scène et qui, ce jour-là, casquette rouge sur la tête et sweat-shirt floqué d’un petit canard jaune, révise son texte d’un air concentré. Nous sommes dans une des salles de répétition du Centre culturel d’Auderghem et Pablo Andres, à un mois de son one-man-show à Forest National, confesse sentir monter peu à peu la pression. C’est que l’humoriste belge d’origine mexicaine, 37 ans, s’est lancé un sacré défi le jour où, avec la belle inconscience qui semble le caractériser, il s’est mis en tête de remplir à lui seul la grande salle bruxelloise. Et pourtant, c’est complet. Sept mille places vendues en quelques semaines, par la force d’un incroyable bouche-à-oreille et la grâce des réseaux sociaux, sur lesquels il est archi-présent. "Je ne suis pas du tout de la génération qui est née avec ça. Mais j’ai vu comment ça se passait et je me suis dit que je ne pouvais pas ne pas utiliser cet outil", dit-il.

De Radio Contact, où il a fait ses armes, à la télévision ("Go For Zero", "Planète Pablo"), de vidéos postées sur le web au Cirque royal en 2015, le garçon a fait du chemin, animé par le seul désir de faire rire, de lui, d’abord, et des travers de ses semblables, ensuite. "Pablo et moi, on pratique l’inverse de l’humour français qui est un humour de cible, qui casse quelque chose. Le rire qu’on pratique est peut-être typiquement belge - mais c’est aussi pour ça qu’il va s’exporter, je crois - c’est qu’il rit d’abord de lui-même, il rit pour cicatriser les plaies. Ce truc-là reste du rire, mais il est aussi là pour faire du bien", analyse Charlie Dupont.


Envie de jouer au cow-boy et à l’indien

Au fil de leurs séances de travail, Pablo concède avoir appris à lâcher (un peu) prise et à trouver le fil rouge qui reliera entre eux les personnages qu’il a créés ces dernières années. "Dans le travail, et on me le reproche souvent, j’ai vraiment beaucoup de mal à faire confiance. Parce que ce sont un peu mes bébés, ces personnages", dit-il. Charlie tempère : "En dépit de ce qu’il dit, il n’est pas du tout dans le contrôle. Il sait très bien où est sa boussole intérieure et son plaisir, mais ça n’en fait pas du tout quelqu’un de fermé. Je crois qu’on a en commun quelque chose de l’enfance. On a tous les deux envie de jouer au cow-boy. On fait ce métier pour ça. Le petit cow-boy qui sommeille en lui a parlé au petit Indien qui sommeille en moi."

Dans le jeu du petit cow-boy, Charlie le Grand Sachem a resserré quelques boulons, mis quelques gouttes d’huile dans les rouages, précisé, çà et là, la mise en scène. L’agent Verhaegen, le rappeur MC Furieux et l’insupportable Jerem Floquet ont pris de l’ampleur, eux dont, parfois, seul le haut du corps existait. "Beaucoup de ses personnages, comme ils sont nés en vidéo, sont extrêmement clairs du dessus, mais le reste n’est pas encore descendu ou habité", sourit Charlie. Qui ajoute que, pour la première fois, "les gens verront aussi Pablo et pas que les monstres qu’il a en lui". Le comédien sourit en coin mais approuve. "S’il y a quelque chose que j’avais envie de faire passer, en toute humilité, c’est qu’on vit aujourd’hui dans un monde où les gens se prennent beaucoup trop au sérieux, et ça peut avoir d’immenses répercussions. Se vanner les uns les autres, ça fait du bien à l’ego. Parfois, c’est salutaire de laisser s’exprimer l’enfant qui est en nous, de se rappeler qui on était."Isabelle Monnart

"Entre nous 20.0". A Forest National le 28 avril, www.sherpa.be.