Scènes

"Ah ces petites boîtes à musique, je les connais depuis que j’ai seize ans…” Alors qu’elle étudie à Mudra, l’école bruxelloise de Maurice Béjart, Michèle Noiret fait la connaissance de Karlheinz Stockhausen, dont elle interprétera le système de notation du mouvement pendant de nombreuses années.

Ces boîtes à musique, ce sont celles sur les brèves mélodies desquelles se base le compositeur allemand pour “Tierkreis” (Zodiaque), partition pour piano et clarinette.

En 1997, la danseuse et chorégraphe rend hommage au maître dans “Solo Stockhausen”. En 2014, elle remet le solo sur le métier pour, comme les copistes du Moyen Âge recyclant les manuscrits anciens, créer “Palimpseste”. Deux ans plus tard naît – à Paris, dans la salle Maurice Béjart (sic) du Théâtre national de Chaillot – “Palimpseste Duo”. À nouveau exploré, le zodiaque s’esquisse de petits pas glissés en murmure (“je me suis perdue dans un labyrinthe de gestes”), de droit chemin en circonvolutions, d’impalpable sourdine en dialogue sensuel et ludique avec la musique, de maniérisme ciselé en décontraction.


Recherche, partage, transmission

On décèle là l’ouverture – sinon l’aboutissement – d’un parcours fait de recherche, de partage, de transmission.

Transmettre son solo, c’était la première intention de Michèle Noiret. Mais l’envie de bouger, de le faire évoluer encore elle-même a pris le dessus. Elle-même, mais pas seule : la seconde partie de “Palimpseste Duo” voit arriver sur le plateau David Drouard, dont la présence, terrienne et délicate, traverse avec puissance l’éventail des éléments et la si particulière géographie des signes. Stockhausen a été “une révélation foudroyante”, confesse celui qui, avant d’être danseur, a longuement pratiqué la musique – la clarinette en particulier.


Dans son apparent dépouillement (mis en relief par les lumières de Xavier Lauwers), “Palimpseste Duo” fouille et révèle une histoire peu commune, une mémoire riche et tournée vers l’avant, une écriture personnelle, habitée, parfois austère, résolument organique.

Paris, Théâtre national de Chaillot, jusqu’au 30 septembre et du 6 au 8 octobre : www.theatre-chaillot.fr

Au Centre Wallonie-Bruxelles, à Paris, sera projeté samedi 1er octobre, à 19h, le documentaire "Michèle Noiret à contrechamp" de Tanguy Cortier. La projection sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur et la chorégraphe, animée par Didier Deschamps, directeur du Théâtre national de Chaillot.

Bruxelles, National, du 19 au 21 mai 2017, avec musique live. La chorégraphe, artiste associée au National, y reprend par ailleurs "Hors-champ" du 16 au 19 novembre. Infos & rés. : 02.203.53.03, www.theatrenational.be