"Parsifal" intense, surtout à l’acte II

Nicolas Blanmont Publié le - Mis à jour le

Scènes L’Opéra flamand reprend son "Parsifal" de 2013. Le meilleur est au centre.

Le "Parsifal" monté par l’Opéra flamand pour l’année Wagner avait reçu plusieurs prix de la critique allemande et internationale, sans pour autant faire l’unanimité : "La Libre" avait parlé de "Parsifal à Moulinsart", tant semblait saugrenue l’idée de faire circuler Gurnemanz, comme le capitaine Haddock dans "Les bijoux de la Castafiore", dans une chaise roulante que Wagner n’avait forcément jamais imaginée. Le spectacle mis en scène par Tatiana Gurbaca revient aujourd’hui toujours aussi irritant par certains détails (dont, et c’est bisquant, on aurait pu se passer) et fascinant par d’autres points, heureusement dominants.

Agaçants les effets de mode, clichés actuels qu’on peut retrouver aujourd’hui dans n’importe quel opéra : outre la chaise roulante, les petits garçons en sous-vêtements blancs, les selfies, les figurants âgés ou l’ajout d’une violence nullement prévue par le livret (les chevaliers du Graal qui finissent par tabasser Amfortas, après avoir grossièrement surjoué leurs mépris) ou d’une dérision inutile (Parsifal déguisé en chevalier grotesque façon Monty Python). Fascinants en revanche, le décor épuré de toile plastique blanche sur lequel glissent de fines coulées de sang, certains mouvements de déplacement du chœur d’hommes ou l’effet sonore que génère la spatialisation dans la salle des autres chœurs et, surtout, les fabuleuses lumières de Stefan Bolliger.

Remarquable également, la direction musicale de Cornelius Meister, jeune chef allemand déjà remarqué ici pour "Le vaisseau fantôme" : volume parfaitement contrôlé, tempi amples qui respirent bien, évitant une sacralité trop lourde mais aussi la superficialité. Du plateau entièrement renouvelé avec la plupart des chanteurs jeunes et en prise de rôle, on retiendra le Parsifal correct mais peu charismatique de Erin Caves, capable de puissance mais peinant à projeter les passages plus nuancés, le très solide Gurnemanz de Stefan Kocan ou le bon Amfortas de Christoph Pohl. Mais les couronnes iront surtout au formidable Klingsor de Kay Stiefermann, ou à la Kundry exceptionnelle de Tanja Ariane Baumgartner : la mezzo allemande livre, surtout au deuxième acte, une prestation d’anthologie tant par la maîtrise des moyens vocaux sur toute la tessiture que par le talent d’actrice/Sa Kundry, loin des clichés réducteurs, est à la fois forte et gracieuse, douce et venimeuse, naïve et sensuelle. Après une scène des filles fleurs déjà exceptionnelle, son duo avec Parsifal au deuxième acte est le climax de la soirée.Nicolas Blanmont


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