Scènes

Dans ce duo inédit, Barbara Sylvain convoque chaque soir un homme, une présence, un regard qui englobe sa quête. Critique. 

Quand elle paraît, en survêtement, chaussée de baskets et la coupe au carré sagement maintenue par une barrette, elle a dix, douze, peut-être quartorze ans. Une grande enfant qui, à l'homme qui l'accompagne sur le plateau, offre une démonstration de danse. Avec ce regard fier qui cherche la fierté en miroir.

Le lien père-fille, Catherine Graindorge en parle avec subtilité et intensité dans “Avant la fin”, récemment créé aux Tanneurs – et déjà, dix ans plus tôt, dans “Rari nantes”. Un lien fort et complexe, dans bien des cas.

Un lien effiloché et marqué par l'oubli – ou serait-ce la perte ? – dans celui qu'expose Barbara Sylvain à travers sa création “Pater”. La comédienne se présente: “une fille du Nord née en Anjou”. L'Anjou du côté maternel, le Nord pour le père, qui choisit à cette fille un prénom qui sonnerait aussi bien en anglais, en face du Pas-de-Calais...

Le soir où nous découvrons le spectacle, Jean-Luc, 67 ans, sera le père. Comme ceux qui l'ont précédé et ceux qui le suivront, il a répondu à l'annonce de l'actrice cherchant, pour l'accompagner dans cet exercice pas banal, un homme de 65 à 75 ans, surtout pas comédien. Il est arrivé peu avant la représentation; ils ont passé une heure à traverser le spectacle, puis ont mangé ensemble. Et les voici, elle le guidant, lui offrant une présence en réponse à A., “comme Absent, comme Ailleurs”.

Une quête intime aux échos universels

J'avais 14 ans. Il est parti en emportant toutes les photos de famille. J'ai comme un bras qui me manque.”

Les mots de Barbara Sylvain, tantôt prononcés, tantôt écrits, guident le regard et l'écoute : une quête intime aux échos universels. Car, si l'abandon est l'exception, les failles relient toutes les familles. Conceptrice, autrice et interprète, l'actrice a forgé cette création avec la complicité, entre autres, de Lula Béry – sa comparse au sein de la compagnie Oh my god (ensemble elles signaient notamment "It's so nice") –, de Marie Henry pour la dramaturgie, de Valère Le Dourner à la scénographie...

De rares objets, des images fortes, des mots, des gestes esquissés, un voyage obstiné, des métaphores, de la pudeur et des audaces font de “Pater” un objet scénique singulier, vibrant autour du creux, du vide, du manque. Et plein de la vie bâtie sur lui, avec lui, malgré lui.

  • Bruxelles, les Riches-Claires (petite salle), jusqu'au 10 février. Durée: 1h20. Infos & rés.: 02.548.25.80, www.lesrichesclaires.be