Scènes

Beau parcours que celui de Paul Roland, homme de théâtre, de télévision et de radio que ses expériences professionnelles de la parole menèrent à la forme supérieure du Verbe. Ses vingt dernières années, il les a en effet passées dans l'étude intensive de la Bible, apprenant l'hébreu pour mieux en pénétrer le sens.

Son ultime prestation sur scène eut lieu en 1997 à la Valette, où, sous le regard de Julien Roy, il incarnait Krapp dans «La Dernière Bande» de Beckett, auteur qui lui avait valu l'Eve du théâtre en 1957 pour son Vladimir dans «En attendant Godot» aux côtés de Paul Anrieu. L'autre grand rôle de sa carrière fut Arturo Ui dans la pièce de Brecht, «La Résistible Ascension d'Arturo Ui», au Théâtre national, dans la mise en scène de Jacques Huisman et Jean-Claude Huens.Ingénieur technicien en électro-mécanique de formation, c'est à l'ULB qu'il rencontre sa vocation grâce au Jeune Théâtre qu'y dirige Henri Billen. Très vite il se produit dans les grands théâtres bruxellois de l'époque, le National, le Rideau, le Poche, les Galeries, etc.Grand connaisseur du jazz, il collabore aussi au Journal télévisé sur cette matière. Toujours en quête d'approfondissement d'un art théâtral qu'il porte très haut, il travaille avec un groupe d'acteurs - Paul Anrieu, encore, mais aussi Pierre Laroche, Jean Rovis, Lucien Salkin, Jeanine Chérel - sur les techniques de l'Actor's Studio. Ils mettent en pratique les exercices du livre de Michaël Tchekhov, «Etre acteur». Ce groupe formera le noyau d'où est issu le projet d'une nouvelle école d'art dramatique qui inclut la télévision et le cinéma: l'Institut national supérieur des Arts du spectacle et des Techniques de Diffusion (Insas).

De la voix à la voie

A la fin des années 60, il s'interroge, toujours et encore avec Anrieu, sur les origines sacrées du théâtre et sur la nécessité d'y retourner pour mieux transmettre l'art de jouer. Si son complice se tourne vers l'ésotérisme et les traditions orientales, Paul Roland emprunte une voie plus occidentale. A l'occasion d'un documentaire remarqué qu'il réalise sur les communautés monastiques («Des moines et des hommes», Antenne de cristal en 1981), ce libre-penseur rationaliste se tourne vers les Ecritures.Dans les années 80, quand Henri Ronse revient en Belgique pour fonder son Nouveau Théâtre de Belgique, les deux Paul sont de l'aventure. Ils jouent notamment dans «La Force de l'habitude» de Thomas Bernhard et dans «Le Vieil Homme d'Alexandrie» d'après Cavafy. En 1988 encore, les deux hommes disent l'Evangile de Jean à la cathédrale des saints Michel et Gudule.De plus en plus accaparé par ses recherches bibliques, Paul Roland s'absente des scènes et des écrans. Ses émissions littéraires à la radio, «La Musique et le texte» et «Des hommes et des livres», pourtant excellentes, tombent au cours des années 90, victimes de la course à l'audimat.Depuis le décès de son épouse en 1996, Paul Roland s'était de plus en plus éloigné de l'actualité. Dans ses notes pour «La Dernière Bande», l'acteur écrivait: «Ne jamais oublier l'humour de Beckett et qu'il fut un homme vivant et un poète. Le rire de Beckett, métaphysique plus que sarcastique, remet le monde en question et nous invite à vivre.» Son rire à lui, inoubliable, profond et généreux, était de la même eau...

© La Libre Belgique 2005