Scènes

Peter Brook nous avait enthousiasmés jadis avec ses fastueuses mises en scène de théâtre et d'opéra, de la Tempête de Shakespeare au Carmen de Bizet. Déjà dans les années 50, il faisait sensation à Londres. Mais ces dernières années, le directeur des Bouffes parisiennes a choisi le dépouillement, l'épure et cela reste splendide et poignant comme en témoigne son "Sizwe est mort, théâtre des townships" créé à Avignon l'an dernier et qui arrive au KVS à Bruxelles.

Nous l'avions alors découvert malgré quelques gouttes de pluie. En dehors d'Avignon, dans la cour de l'école de la Trillade, nouveau lieu découvert par Peter Brook, revenait celui qui a fait les plus beaux jours du festival avec son "Mahabarata" dans la carrière de Boulbon. Aujourd'hui, à 82 ans, Peter Brook garde une incroyable douceur dans ses yeux bleus pétillants de l'intelligence du théâtre. Il choisit dorénavant le minimalisme et l'Afrique, terre des conteurs et de l'oralité. "Sizwe Banzi est mort" est un texte créé dans les townships sud-africains durant l'apartheid. L'histoire de deux hommes, où l'on parle de la nécessité de changer d'identité pour survivre et de prendre les papiers d'un autre. Un texte plein d'humour, comme on les imagine le soir sur la place d'un village africain. Trois fois rien, des vieilles caisses de carton plié comme décor, et, le soir où nous y étions, une fine pluie qui ne refroidissait ni les acteurs ni les spectateurs.

Cela pourrait être du théâtre amateur, mais en réalité Peter Brook renoue avec l'essence du théâtre : une boîte de carton, des voix d'acteurs, une histoire de vie et tout un monde surgit. Pour porter ce texte, il peut compter sur Habib Dembélé, acteur malien plein de gouaille, et sur Pitcho Womba Konga, né au Congo, réfugié en Belgique, devenu belge et chanteur de rap. C'est lui le grand balourd du spectacle, qui rejoue l'histoire des sans-papiers, celle qu'il a connue comme réfugié congolais en Belgique. Une histoire - hélas - bien d'actualité.

Pour Pitcho qui tourne depuis un an avec ce spectacle, venir à Bruxelles est un retour à ses origines. S'il est né en R.D. Congo, il émigre en Belgique à 7 ans, découvre le hip-hop dans les années 80 et fonde en 1994 son propre groupe, "Onde de Choc". Emissions, radios, mix-tapes, maxi vinyl, concerts et compilations se succèdent jusqu'en 1997. Pitcho reste très actif : il crée avec quelques amis la "Funkdamtion", un collectif artistique dont l'ambition est de promouvoir la culture hip-hop et travaille à la création de "Kwality Street", un magazine des cultures urbaines. "Regarde Comment", son premier album (2003) recevra, grâce à des sons bien travaillés et des textes réfléchis, un excellent accueil. C'est certainement pour cela qu'il sera le premier rappeur à être invité aux midis de la poésie ou encore pour faire du Slam à la foire du livre. Son amour pour la scène et le texte le pousse alors au théâtre. Il jouait déjà dans une pièce précédente de Peter Brook, tout aussi minimaliste et africaine, "Tierno Bokar".

"Sizwe Banzi est mort", au KVS, du 15 au 17 juin, en français. Infos : 02.210.11.12 et Web www.kvs.be