Scènes

Un siècle d'histoire raconté avec humour et juste lenteur, sous l'escalier, dans les coulisses des jeux et petit drames d'enfants, voilà le tour de force réalisé par la Compagnie Alula et ses marionnettes, de belles poupées de taille moyenne, auxquelles Sandrine Bastin, Perrine Ledent et Chloé Struvay donnent corps et âmes. C'est qu'il s'en passe des choses dans le débarras où se succèdent les frères et sœurs d'une même famille à travers plusieurs générations. Que l'on soit en uniforme bleu marine et col Claudine ou sweat à capuche jaune pétant, rien ne change vraiment du côté des bêtises et petits secrets entre frangins. Une écorchure devient blessure de guerre et la petite Eleonore, infirmière voire chirurgienne étant donné que le ménisque serait atteint... Savoureux. Comme les cerises confites dont Mario se régale, en plein carême, jusqu'à ce qu'il soit pris la main dans le bol...Les punitions, en revanche, se sont bien adoucies. Plus personne ne doit, comme le petit Mateo, en culotte de velours et bonnet d'âne, écrire cent fois qu'il ne parlera plus wallon dans la cour de récréation. Plus de coups de ceinture non plus lors du retour paternel, de quoi réjouir les enfants de leur sort actuel. Ponctué de références aux différentes époques à travers les coutumes, les modes d'éducation, les vêtements, les musiques et les lecteurs de cassettes Fisherprice, "Bon débarras!" , mis en scène par Muriel Clairembourg, bouscule allègrement la chronologie des événements. Et l'on s'en réjouit.


Chacun son rythme


Plein d'humour aussi et un ton très décalé dans "Chacun son rythme" , guide d'utilisation de l'AEJDG à l'usage des plus jeunes. Une comédie légèrement déjantée et tout en second degré pour mieux maîtriser l'utilisation de l'Appareil d'échange jouïstique (sic) et de Développement Génotype communément appelé AEJDG. Un humour glissant, on l'aura deviné, pour un cours d'éducation sexuelle hilarant déguisé en conférence scientifique donnée par la délurée Sandrine Desmet et le benêt Nathan Fourquet-Dubart qui affichent une belle complicité et ne ménagent pas leurs efforts pour faire preuve de clarté et manipuler ce vélo d'appartement aux multiples fonctions, équipé de son marchorum. Une métaphore absurde de la sexualité où toutes les probabilités, y compris celle de la tendresse, sont envisagées. Un sujet casse-pipe - hum - pour jeunes adolescents. Le public hutois était hilare mais l'on peut craindre, avec certaines classes, un chahut général. Un risque à prendre en tout cas car l'auteur et metteur en scène Alexandre Drouet a prouvé qu'il ne manquait ni de talent ni de...courage.

Peur de soi, peur des autres

Et du courage, Dieu sait s'il en faut pour affronter la vie, l'école, les autres et soi-même puisque, selon le dicton, "tu es ton pire ennemi". Des dictons, on en verra encore défiler dans "De ceci, on en parle seulement avec des Lapins" , une des belles découvertes des Rencontres. Petit ovni, première proposition jeune public de l'Ubik Group, issu de l'Esact, Conservatoire royal de Liège, vivier de créativité, ce spectacle de 40 minutes multiplie les effets techniques, de la vidéo au rétroprojecteur et bruitages sur le plateau pour parler du ressenti avec sincérité. Contraste intéressant entre les artifices de scène et le dénuement intime d'une enfant aux oreilles de lapins en néon qui dit sa peur de l'ours polaire, cette fourchette qui tourne des spaghetti dans son estomac, cette hypersensibilité qui l'empêche de penser et cette peur que nous avons tous. Un lapin plein de mélancolie campé par Vanja Maria Godée qui, avec son délicieux accent suédois, met des mots sur ce qui perturbe tant les enfants.