Scènes

entretien

Pierre Richard, l'acteur inoubliable du "Grand blond avec une chaussure noire" ou des "Fugitifs" revient au théâtre avec un spectacle hilarant sur la relation père/fils. Pierre Palmade, à l'initiative de ce projet avait envie de jouer avec ce tendre distrait culte. Qu'à cela ne tienne, Pierre Richard propose à Christophe Duthuron de contribuer à l'écriture. L'alchimie opère et seulement trois semaines plus tard, les deux Pierre répètent. Pierre Richard, dans la peau d'un père irresponsable demande à son fils, Pierre Palmade, de l'accueillir chez lui. Après trente-cinq ans d'absence, la requête est audacieuse ! Pierre Richard nous a entretenu de ce spectacle en dix tableaux, récit d'une réconciliation désopilante.

Pierre Palmade a coécrit cette pièce parce qu'il avait envie de jouer avec vous. C'est un rôle sur-mesure ?

On s'est dit que le seul qui pouvait jouer ça sans se rendre profondément antipathique, c'est moi ! Mais ce n'est pas moi, je suis un père plus attentif que mon personnage. Puis il n'est pas distrait ni timide, il est d'une mauvaise foi incommensurable et c'est ce qui m'amuse. Ce n'est pas par méchanceté ni par distraction, mais parce qu'il est en dehors de toute réalité. Au fond, il n'est pas méchant, il est plus inconscient que méchant.

Ce père qui revient après plus de trente ans d'absence, c'est plutôt triste...C'est un sujet grave mais traité avec humour. Une comédie avec des moments d'émotion. Les meilleures comédies ont pour base une histoire grave, à mon avis. Le père est vraiment très drôle parce qu'il est poétique, mythomane, il dit des trucs si énormes qu'on ne peut qu'en rire. Ce qui est intéressant à jouer c'est le personnage à l'irresponsabilité caractérisée, qui pousse jusqu'au cynisme.

Cette pièce parle de la relation père/fils. Vous avez des fils spirituels, artistiques ?Oui, Pef, Pierre-François Martin-Laval. Dans son film "Essaye-moi", je joue son père et c'est flagrant.

Pierre Palmade qualifie la mise en scène de "cinéma sur scène"...

Plus que des sketches, ce sont des saynètes qui font évoluer les personnages, elles ont l'avantage de ne pas nécessiter de lien, il n'y a pas de charnières ennuyeuses. C'est vertical. Il n'y a pas non plus de décor classique de théâtre, il y a un écran où, si on est à la maison, on voit une cheminée avec des pots de fleurs, et si on se promène en barque, le lac paisible apparaît.

Avez-vous autant de plaisir à jouer au théâtre qu'au cinéma ?

C'est tout à fait différent. La spécificité du théâtre, c'est qu'on a la réponse du public immédiatement : si 900 personnes rient en même temps, c'est énorme. Même l'émotion est perceptible, c'est extraordinairement dopant; c'est difficile à expliquer, cette montée d'adrénaline, ce stimulus énorme qu'on n'a pas au cinéma. Parce que la même scène, on la joue devant des techniciens qui ont leur travail à faire. Le théâtre est beaucoup plus viscéral que le cinéma.

Vous appréciez ce registre comique ?

Il est plus difficile de faire rire que de faire pleurer. Le comique nécessite une humeur personnelle à toutes épreuves. Il y a aussi quelques règles à respecter, comme le sens du tempo, une seconde de trop c'est trop... L'émotion peut se permettre de s'étaler, tranquillement, comme un petit nuage tandis que le comique, c'est tranchant.

Des projets ?

Maintenant, j'ai envie de cinéma. Mon problème avec le théâtre c'est qu'au bout d'un moment j'ai envie de passer à autre chose, voire de ne rien faire. On me dit que je suis paresseux; mais ce n'est pas vrai, je suis travailleur par à coups. Au théâtre, il faut être marathonien. J'ai tourné un film cet été, "Faubourg 36", et puis je vais monter un seul en scène avec Christophe Duthuron. Ce sera dans la lignée de "Détournement de mémoire", d'ailleurs, ça s'appellera "Détournement de courrier"; je suis parti de lettres invraisemblables que j'ai reçues. Et puis, un jour, je jouerai "Le roi Lear".

"Pierre et fils", au Cirque Royal de Bruxelles les 2, 3 et 4 décembre. Tel : 02.218.20.15. Au Palais des Beaux-Arts de Charleroi le 5 décembre. Tel : 071.31.12.12