Scènes

Ce vendredi 27 janvier, alors que l'on fêtera partout dans le monde le 250e anniversaire de la naissance de Mozart, l'Opéra royal de Wallonie assurera la création belge d'un compositeur autrichien dont le nom est peu familier du grand public: Alexander Zemlinsky, né en 1871 à Vienne et mort en 1942 en exil près de New York.

Né d'une mère originaire de Sarajevo et d'un père d'ascendance slovaque, Zemlinsky occupa une place centrale dans la vie musicale de l'Europe centrale des premières décennies du XXe siècle. Professeur puis amant de la fameuse Alma Schindler - qui allait le quitter pour devenir Alma Mahler -, initiateur en musique puis ami indéfectible d'Arnold Schönberg (qui allait épouser sa soeur cadette), remarqué par Brahms et estimé par Mahler (qui allait assurer la création de son deuxième opéra et prévoir celle du troisième), directeur musical de la Volksoper viennoise puis de l'Opéra allemand de Prague avant de poursuivre sa carrière de chef à la mythique Kroll Oper berlinoise en compagnie d'Otto Klemperer: la biographie de Zemlinsky ressemble à un who's who du monde musical germanique entre 1890 et 1940.

Juif, Zemlinsky fut contraint de quitter l'Allemagne en 1933, puis de s'exiler aux Etats-Unis après l'Anschluss. Il espéra faire créer au Metropolitan Opera de New York son huitième opéra, «Der König Kandaules» (d'après «Le Roi Candaule» de Gide), mais sans succès. Trop moderne musicalement -bien qu'elle reste tonale ou polytonale alors que beaucoup de ses disciples étaient passés au langage sériel ou dodécaphonique - mais aussi trop osée dans son propos, l'oeuvre resta inachevée quand il s'éteignit dans l'oubli le 15 mars 1942. Il allait encore falloir attendre cinquante ans avant que l'opéra soit créé en version de concert, et quatre de plus pour voir la première production scénique.

Entartete Musik

Longtemps occulté parce qu'il représentait une branche politiquement incorrecte de la musique viennoise au XXe

siècle - le maintien d'une musique tonale - la musique de Zemlinsky aura finalement été redécouverte à la fin du XXe siècle à la faveur de la réhabilitation des compositeurs bannis par les Nazis, la fameuse entartete Musik. En Belgique, l'ORW avait déjà donné en concert «Une tragédie florentine», un des ouvrages les plus connus de Zemlinsky, également donné ensuite à la Monnaie en version scénique (et en duo avec «Le nain», un autre de ses opéras d'après Oscar Wilde).

L'histoire, déjà contée par Hérodote, est celle de Candaule, riche Roi de Lydie, désireux de partager avec ses amis la beauté de sa femme Nyssia, et qui finit par jeter dans ses bras le pêcheur Gyges, qui le tuera et prendra sa place. Un livret sulfureux brassant les notions de bonheur, richesse, mais aussi voyeurisme et érotisme, une constante dans l'oeuvre de Zemlinsky.D N.B.

© La Libre Belgique 2006