Scènes

PORTRAIT

Pas un amoureux de musique qui n'ait rencontré dans les couloirs du Palais des Beaux-arts, de l'Opéra ou d'Ars Musica, la silhouette virevoltante de Paul Dujardin. Hyper-actif, toujours en mouvement, il anime la vie musicale bruxelloise depuis près de 20 ans. Une situation incroyable quand on sait qu'il n'a aujourd'hui que 38 ans. Ses détracteurs raillent son «arrivisme», «la pieuvre Dujardin» que serait son réseau de connaissances et d'appuis divers et patiemment entretenus. Pour ses laudateurs, c'est justement sa force de connaître la musique au sens propre comme au sens figuré, qui consiste à atteindre ses objectifs dans les arcanes belges, grâce au travail, à la persuasion et à un réseau bien compris. Il a réussi à redonner à la Philharmonique un lustre exceptionnel bénéficiant de l'appui constant de son président du conseil, le grand avocat Jean-Pierre De Bandt. Paul Dujardin est arrivé à la tête de la Philharmonique (après déjà de longues valses hésitations politiques) en 1992, découvrant un déficit accumulé. Avec son fidèle alter ego Christian Renard, il a bâti un formidable outil programmant plus de 300 concerts par an et bénéficiant de très larges appuis de sponsoring de tous les grands noms de l'économie.Paul Dujardin est un vrai Bruxellois, bilingue. Il est historien d'art et a fait des études en économie et gestion dans une haute école de commerce. Tout jeune, il s'est lancé dans les jeunesses musicales où il a occupé tous les postes, y rencontrant un certain Bernard Foccroule. C'est avec ce dernier et avec Christian Renard, après un colloque très réussi sur Lulu d'Alban Berg, qu'il lance, en 1988, le festival Ars Musica, dans l'immeuble INR à la place Flagey. En 1992, il pose sa candidature à la Philharmonique face au regretté et remarquable critique musical Fernand Leclerq. Il obtient le poste et collabore avec Leclerq jusqu'à la mort tragique de ce dernier. Au fil des ans, il a noué des bonnes relations avec tous les acteurs culturels bruxellois, de Foccroulle à France De Kinder, coordonnatrice du Flagey. Il n'a que 38 ans: «c'est l'âge que Gérard Mortier avait quand il a entamé son mandat à la Monnaie», répond-il. Sous-entendu: quand Mortier est venu redonner tout son lustre à notre vieil Opéra national.

© La Libre Belgique 2001