Scènes

"Bruxelles, printemps noir" de Jean-Marie Piemme, monté par Philippe Sireuil, sur les lendemains du 22 mars. Critique.

"Bruxelles, printemps noir" créé aux Martyrs à Bruxelles, analyse toutes les ondes de choc qu’ont provoqué dans la société bruxelloise les attentats du 22 mars, comme ces ondes sur un lac après qu’un énorme pavé y ait été jeté.

Jean-Marie Piemme a imaginé 18 scènes, 18 mini-pièces éclairant chaque fois un impact possible. Tout peut être résumé dans la première et la dernière scène: d’abord, les 20 acteurs sont tous réunis et chantent ensemble "Bruxelles, ma belle", image d’un unisson au moment du drame. A la fin, on les retrouve discutant de la situation -la peur, le terrorisme, la mixité des communautés- et vite surgit la discorde amenée par les attentats. C’est sans doute cela, le souhait des terroristes.

Entre-temps, Jean-Marie Piemme a imaginé les dernières pensées des 32 victimes, fait parler un djihadiste, montré l’impuissance des politiciens, dénoncé les interrogatoires trop musclés de la police. Une suite de saynètes très, plus, ou moins, réussies. Elles plongent dans l’intimité des familles qui se divisent: peut-on encore avoir une baby-sitter portant le foulard? Qui a voulu venir à Bruxelles le jour des attentats? Une jeune femme reprend la phrase de Nizan: "J’avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie".

Piemme prend aussi le chemin du théâtre pur en imaginant les Parques coupant les fils de la vie ou Jean-Pierre Baudson en robe noire face aux 32 victimes tombées dans l’au-delà, le néant pour l’éternité.

Le genre choisi des "vignettes" permet plus un théâtre d’idées que d’émotions mais la pièce est bien aidée par Philippe Sireuil qui réalise l’exploit de ces 18 mises en scène, plastiquement très belles et imaginatives, qui s’enchaînent naturellement comme un livre qu’on feuillèterait pour réfléchir à la société qu’ont créée ces bombes à l’aéroport et dans le métro.

Frank Arnaudon, France Bastoen, Jean-Pierre Baudson, Isabelle De Beir, Dolorès Delahaut, Sophie Delogne, Patrick Donnay, Itsik Elbaz, Soufian El Boubsi, Maude Fillon, Janine Godinas, Ben Hamidou, Agathe Hauser, Antoine Herbulot, Daniel Jeanloz, Charlotte Leblé, Stéphane Ledune, Fabrice Rodriguez et Laurent Tisseyre : dix-neuf acteurs jouent 80 rôles, et représentent bien cette mixité de la population bruxelloise touchée en plein coeur.

  • Bruxelles, Théâtre des Martyrs, jusqu’au 31 mars. Infos&rés. : 02.223.32.08, www.theatre-martyrs.be