Scènes Huit spectacles en deux jours et un lieu d’exception : Berlin séduite par nos personnalités chorégraphiques.

En septembre 2016, Paris vécut, le temps d’un week-end, au rythme de l’"Indiscipline" : sous l’égide du Wiels, du Kunstenfestivaldesarts et de Wallonie Bruxelles Théâtre/Danse, le Palais de Tokyo présentait une sélection d’artistes contemporains vivant et travaillant à Bruxelles. Encouragé par le retentissement de ce premier volet, Rachid Madrane, ministre en charge de la promotion de Bruxelles à la Fédération Wallonie-Bruxelles, confiait à Visit.Brussels l’organisation d’une nouvelle plate-forme, à Berlin cette fois, et destinée à faire valoir la danse contemporaine.

Curateurs en quatuor

Un quatuor de curateurs - les directeurs artistiques du Beursschouwburg (Tom Bonte), des Brigittines (Patrick Bonté), des Halles de Schaerbeek (Christophe Galent) et du Kaaitheater (Guy Gypens) - a alors non seulement établi une sélection de chorégraphes et de pièces, mais dégagé une ligne directrice : cette radicalité qui intitule l’ensemble.

Les quatre programmateurs, qui le sont à Bruxelles pour des lieux distincts, ont ici fait dialoguer leurs visions, avec "amitié et compréhension", souligne Patrick Bonté. Les propositions de chacun ont été examinées ensemble, tandis qu’il s’agissait de trouver dans la capitale allemande l’endroit idoine pour accueillir la palette des propositions.

Radialsystem V, ancienne station d'épuration d'eau devenue Space for Arts and Ideas sur la rive de la Spree.
© Caroline Thirion / RADIKAL

Radikal à Radialsystem

Radialsystem V sera ce lieu. Cette ancienne usine de traitement des eaux usées, entre Friedrichshain, Mitte et Kreuzberg, est convertie en "space for arts and ideas" et gérée depuis 2006 par Jochen Sandig - cofondateur de la compagnie Sasha Waltz and Guests avec la grande chorégraphe allemande, marraine d’ailleurs de Radikal, Dance from Brussels.

Cet intitulé, plus qu’une thématique, est né du constat des curateurs : "Ce qui pouvait le plus pertinemment rassembler les démarches qui illustrent la diversité de la danse à Bruxelles, c’est la radicalité", à savoir "aller le plus loin possible dans ses intensions, et se montrer conséquent dans ce parcours", développe Patrick Bonté. "Tous les artistes de l’événement témoignent de cela à travers des esthétiques et des enjeux différents."


Ayelen Parolin ("Hérétiques"), Louise Vanneste ("Gone in a heartbeat"), Daniel Linehan ("Not About Everything"), Benjamin Vandewalle ("Walking the line"), Samuel Lefeuvre ("monoLOG"), Louis Vanhaverbeke ("Multiverse" : illustré en tête d'article), Salva Sanchis ("Radical Light"), Leslie Mannès ("Atomic 3001", avec Sitoïd/Vincent Lemaître), les artistes programmés les 3 et 4 novembre dans l’intense plate-forme Radikal affichent pour la plupart un parcours professionnel d’une dizaine d’années. On est loin de la génération des années 80 (les Anne Teresa De Keersmaeker, Michèle Anne De Mey, Wim Vandekeybus…) qui a fait le tour du monde, mais au plus près de personnalités dont l’art en action reste à découvrir pour beaucoup.

La pulsation incoercible du geste et du son dans "Atomic 3001" de Leslie Mannès/Sitoïd/Vincent Lemaître.
© Caroline Thirion / RADIKAL

Exigence et cohérence

Or le public berlinois - visé tout autant que le sont les programmateurs et les horizons qu’ils ouvrent - a répondu en nombre et avec enthousiasme à ce qu’on aurait tort de réduire à une vitrine. "Cet événement n’est pas une déclaration de principe", poursuit Patrick Bonté. Et certainement pas un prêche en faveur d’un type artistique ou esthétique. "Il s’agit autant de défendre des artistes, avec leur démarche propre, leur personnalité singulière, que des spectacles qui se répondent les uns aux autres." Le défi, car c’en était un, a été relevé avec intelligence, expérience, exigence. Avec respect aussi pour chaque individualité artistique.

Le corps individuel et collectif, le regard, l'écoute mis en marche par Benjamin Vandewalle dans l'espace public (ici la Ostbahnhof) avec "Walking the line".
© Caroline Thirion / RADIKAL

Le résultat affirme la puissance de la diversité - une évidence sur la scène bruxelloise -, dans une programmation par ailleurs d’une belle cohérence. Et qui prouve que le succès, indéniable ici, ne se subordonne pas à la facilité. Ce sont bien au contraire les formes radicales, les positions affirmées, les rigueurs et les audaces qu’a soulignées Radikal, et qu’a saluées Berlin.

Au printemps 2018, une initiative semblable devrait voir le jour, entre Bruxelles et l’Italie, pour promouvoir cette fois la vitalité des arts du cirque.


© Visit.Brussels


Bruxelles, Berlin, sentiments mêlés

Début octobre était inaugurée à Berlin, dans le sillage des Brussels Days (autre initiative de promotion de la Région de Bruxelles-Capitale), l’exposition "Gemischte Gefühle" conçue par Hans M. De Wolf (VUB).

L’idée de départ, explique-t-il, jaillit d’un article du "New York Times" établissant Bruxelles comme "le nouveau Berlin". "Les deux villes, extrêmement différentes, présentent toutes deux des formes d’art très affirmées."Jouant sur la confrontation, M. De Wolf laisse à Berlin sa richesse en matière de peintres actuels et mise sur l’art conceptuel, en commençant par le "père" Marcel Broodthaers. Outre des œuvres emblématiques ou exemplaires de James Ensor, Francis Alÿs, Provoost & Nicolai ou Kris Verdonck, l’expo - premier événement d’art plastique à prendre place dans le cadre magnifique mais techniquement contraignant de l’ancien aéroport de Tempelhof - présente les travaux de sept jeunes artistes. 

En fil rouge, l’histoire des migrations, qui fait partie non seulement du passé et du présent de notre pays, mais aussi de la nature humaine. 

L'installation de Younes Baba Ali, en confrontant l'image policière avec le terme (voisin) "nettoyage" en italien, évoque la réalité vécue par nombre de migrants.
© M.Ba.

Parmi les œuvres présentées (avec le concours d’étudiants de l’UDK, l’université des arts de Berlin), pointons les photos au Congo de Léonard Pongo : "L’art d’un observateur, dans sa simplicité et sa force", l’installation "Pulizia" de Younes Baba Ali, ou encore les captivantes et déroutantes vidéos d’Ariane Loze, combinant mise en scène, discours et composition plastique. 


© Brussels Days