Scènes

Il avait une voix un peu haut perchée dont les inflexions pointues avaient un je-ne-sais-quoi d’ironique, d’inquiétant voire de déchirant. Quelque chose d’un oiseau de nuit dans le regard, à la fois perçant, lucide et étonné, conférait une vraie singularité à sa présence physique d’une avenante banalité. Acteur de composition, comme on dit sans bien savoir ce que cela veut dire, il aimait les personnages complexes et fracturés, excellait dans les seconds rôles et assumait parfaitement les premiers.

Au fil de ses participations à quelque 120 spectacles en cinquante ans de carrière, il aura balayé une large palette de types humains. Du maléfique Richard III au débonnaire cuisinier-cocher dans "L’Avare" de Molière, en passant par un père incestueux dans "Sang" de Lars Norén ou le professeur qui tombe amoureux de son élève dans "Le 7e jour, Dieu créa les autres" de Mark Medoff, il savait en réalité tout jouer. Et ce mot renvoyait chez lui directement à une part d’enfance qu’il avait su conserver à travers tout.

Né à Verviers le 5 mai 1937 dans un milieu aisé, il a été élevé par sa mère, son père ayant disparu en 1946 dans un accident d’avion. Depuis sa plus tendre enfance, il fréquente le cinéma que tient sa grand-mère dans l’arrière-salle d’un café. Les acteurs - Raimu, Berry, Baur, Gabin, Flynn - l’enchantent. Il voue une admiration sans bornes à Laurence Olivier. Il sait très tôt qu’il veut être des leurs.

Sur toutes les scènes

Après le Conservatoire royal de Verviers (et un bref autant qu’infructueux séjour à Paris), il débute au Théâtre de l’Alliance. En 1960, il rejoint le Poche à Bruxelles, alors dirigé par le jeune Roger Domani. Il y joue Goldoni, Saunders, Ben Jonson, Obaldia, avec des metteurs en scène comme Vito Pandolfi, Adrian Brine, René Dupuis. Très vite, les portes d’autres théâtres s’ouvrent à lui : il se produit au Rideau et entre bientôt au Théâtre national. En 1967, il reçoit l’Eve du Théâtre pour "Imbroglio Nuovo" mis en scène à l’Alliance par Gérard Vivane.

La mise en scène l’intéresse comme approfondissement du travail de l’acteur. Il se distribue lui-même dans la plupart de ses réalisations. Parmi celles-ci : "Le Barbier de Séville" de Beaumarchais (à l’Alliance), "Turcaret" de Lesage, "Britannicus" de Racine, "Les Emigrés" de Mrozek (au National), "Edmund Kean" de Raymund Fitzsimons (50 représentations au Nouveau Théâtre de Belgique). Il comparait volontiers le metteur en scène à un chef d’orchestre ou à un cuisinier chargé de conférer cohérence, saveur et sens aux différents éléments qui composent le spectacle.

Après ses années au National dont il se souvenait comme ses meilleures ( "Je n’étais pas toujours d’accord avec les options "esthétiques" de Jacques Huisman mais il pratiquait une forme de théâtre que j’aimais" ), on le vit au Parc, chez Armand Delcampe, dans les spectacles de Daniel Scahaise. Il joua dans plusieurs réalisations d’Henri Ronse. Aiguë et ajustée, sa présence en scène captivait toujours le public. Raymond Avenière souffrait ces dernières années d’être trop peu demandé. Il sera incinéré au crématorium d’Uccle le vendredi 13 mars à 10h30.