Scènes

L'humoriste Raymond Devos, mort jeudi à 83 ans, s'était imposé comme l'un des plus subtils manipulateurs de la langue française en inventant un style où images, «malentendus, homonymies et figures de style » se télescopaient pour débusquer l'absurde et faire éclater le rire.

Né le 9 novembre 1922 à Mouscron, Raymond Devos a deux ans lorsque sa famille s'installe à Tourcoing, dans le nord de la France. Il découvre à cinq ans, sur le perron de son école, son don de conteur et sa vocation: le plaisir de captiver un auditoire.

Ce n'est qu'en 1945 qu'il peut les mettre en pratique, après avoir connu, à la suite de la faillite de son père, la pauvreté dans la banlieue parisienne, les petits boulots dès 13 ans aux Halles de Paris, puis la guerre, avec le Service du travail obligatoire (STO).

Viennent les cours de théâtre chez Tania Balachova et Henri Rollan, puis de mime chez Etienne de Croux. Dès 1947, il est engagé. Suivent alors les soirées dans les cabarets parisiens à la Rose Rouge et au Vieux Colombier, et la comédie dans la troupe de Jacques Fabbri.

En 1957 débute à l'Alhambra en seconde partie ce que Devos appelle son «aventure solitaire ». Il présente son premier one man show en 1964 au Théâtre des Variétés.

Avec «La Mer démontée », «Le Car pour Caen », «Les sens interdits », «Mon chien c'est quelqu'un » ou «Sens dessus dessous », cet homme timide au physique d'ogre débonnaire incarne un comique basé sur la chute, le malaise, l'échec, l'humiliation.

Jusque dans les années 1990, il multipliera tournées triomphales et one man shows.

D'abord réticent à éditer ces textes, l'humoriste avait finalement publié une dizaine d'ouvrages dont «Matière à rire » (1992), résumant alors ses trente-cinq ans de scène. Viennent ensuite deux récits rocambolesques, «Un jour sans moi » (1996), et «Les 40e délirants » (2002) puis, en 2003, une nouvelle illustrée par Yves Saint-Laurent, «Une Chenille nommée Vanessa ».

Commandeur de la légion d'honneur, Devos avait reçu de nombreuses distinctions artistiques en France.

En 2003, le ministère français de la Culture crée en son hommage le Prix Raymond-Devos, destiné à récompenser un travail d'excellence autour de la langue française.

En février dernier, une bataille judiciaire sordide avait éclaté autour de son hospitalisation: une femme disant être sa compagne avait demandé à la justice de l'autoriser à lui rendre visite alors que, selon sa famille et l'hôpital, l'humoriste refusait de la voir.