Scènes

Imperturbables, malgré le bruit des marteaux, des échelles et des échafaudages, les vaches et leurs jeunes veaux gambadent dans les prés verdoyants sous la lumière vive du printemps. Petr Forman, la barbe drue, l’œil vif, le visage buriné, la gentillesse accrochée au sourire, enfile son polaire et s’installe sur un banc, à quelques mètres de la prairie et du chapiteau de ferraille et de bois en construction au bord d’une route de campagne. Nous sommes à deux pas de la mairie de Mairieux, une bourgade proche de Maubeuge. C’est là que les frères Forman, grands noms du théâtre forain, fils du célèbre réalisateur Milos Forman ("Vol au-dessus d’un nid de coucou", 1975), se sont installés pour trois semaines. Soit le temps de monter ce nouveau décor, allusion directe au saloon du grand Ouest, qui fera partie intégrante de "Deadtown", leur nouvelle création. A Maubeuge jusqu’au 14 mai, en coproduction avec Mars (Mons arts de la scène), elle se jouera ensuite à Marchin du 23 au 28 mai, puis continuera à sillonner les routes de Navarre, de France et de Flandre. Voire les rives de l’Escaut... Car un nouveau spectacle du Théâtre des Frères Forman relève toujours de l’événement et se joue cinq ou six cents fois durant trois, quatre ou cinq ans. Dernier en date, "Obludarium", cabinet de monstruosités à la manière de "Freaks", se déroulait dans un théâtre élisabéthain de toute beauté et a tourné dans le monde entier. Un incroyable voyage aux côtés de sirènes gémissantes, de femme à barbe stripteaseuse ou de colosse au crâne rasé qui confirme la réputation des frères Forman acquise avec "La Volière Drmoseko" (1990) ou "La Baraque" (1996).

Les deux marionnettistes tchèques, Petr et Matej, partent pour un nouvel univers et s’intéressent aujourd’hui à la magie des débuts du cinéma muet ainsi qu’au Far West. Mais pourquoi suivre ces traces qui de la gare de leur Prague natale mènent au désert de l’Arizona ? Parce que celui qui, de son couteau, a planté le premier avis de recherche sur la porte en bois d’un saloon était d’origine tchèque ! Il n’en faut pas plus pour que les deux artisans mêlent ces deux univers grâce, entre autres, aux nouvelles technologies. Et comme chaque fois, le chapiteau, 30 mètres de long sur 18 mètres de large, fera partie intégrante du spectacle.

Ce temps de montage du chapiteau est-il important pour vous ?

Oui, j’aime son aspect concret et moins stressant que le spectacle. C’est un travail physique qui permet de se vider la tête comme un jogging après une journée au bureau. Pendant le spectacle, je dois être beaucoup plus concentré. Surtout au début car le théâtre est un art vivant. Il faut compter une trentaine de représentations pour qu’une nouvelle création soit vraiment rodée. Nous venons de jouer près de Paris et nous avons déjà réduit "Deadtown", qui durait deux heures, à une heure trente. Nous allons encore retravailler l’ensemble ici, à Maubeuge. Raison pour laquelle nous achevons le montage trois jours avant la première.

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