Scènes Son huitième album sous le bras, le chanteur de Sheffield a livré jeudi soir un concert de toute beauté au Cirque royal.

Nul doute que Richard Hawley possède l’une des plus belles collections de guitares qui soit. Colorées, rutilantes, folk, rock, acoustiques, historiques ou ordinaires. Le chanteur et guitariste anglais les a fait défiler jeudi soir sur la scène du Cirque royal à Bruxelles - qui affichait complet - où il était venu son huitième album solo sous le bras. Nées de ses vagabondages immobiles (suite à un gros problème au dos), les ballades, sérénades et autres perles de "Hollow Meadows" ont ravi le public. Cette fois, Hawley, 48 ans, est bien debout, et c’est tant mieux pour nos oreilles, cajolées par le son velouté de sa musique, de sa voix, dont les intonations lui ont donné une réputation de crooner. En une quinzaine d’années, l’ex-guitariste de Pulp est devenu l’un des plus brillants et passionnants auteurs-compositeurs-interprètes de sa génération, signant un solide répertoire folk-rock qui n’a rien à envier à un Neil Young. Telle la ballade "What Love Means", adressée à sa fille qui vient de quitter le nid familial, qui referme son dernier opus ainsi que le concert, avant le final de "The Ocean". "Merci d’avoir eu le courage de venir et de ne pas avoir eu peur", a salué le chanteur. La salle bruxelloise faisait l’objet d’un dispositif de sécurité renforcé suite aux attentats de Paris, avec deux policiers postés en cerbères de part et d’autre de l’entrée, fusil-mitrailleur au poing, un agent commis à la fouille corporelle (serrée), d’autres encore derrière la console technique.

Sous un décor de lumières de toute beauté, les cinq musiciens parviennent à embarquer l’audience dans un monde serein, tour à tour rythmé, rugueux, langoureux, parfois carrément ouaté à l’image de "Open Up Your Doors", seul rescapé du splendide "Truelove’s gutter". Le morceau, qui est salué par l’audience dès les premières notes avant une longue ovation finale, offre une échappée vibrante et romantique, telle une virée cheveux au vent à bord d’une décapotable glissant sur une corniche de bord de mer. L’un des grands moments du concert. Et il y en aura (beaucoup) d’autres, comme "Standing On The Sky’s Edge", "Which Way", joué en ouverture, "Time Will Bring You Winter", où le crescendo rythmique final s’offre une pause, ou encore l’entraînant "Heart Of Oak", tous salués avec enthousiasme. Hawley savoure, avant d’adresser un "énorme merci pour avoir fait de nous des stars de rock" mi-ému mi-ironique. Ses commentaires distillés tout le long des nonante-cinq minutes du concert en ont fait un moment bien convivial. Parfois drôle, comme lorsqu’il présente "Tuesday PM", qu’il décrit comme "la chanson la plus calme et aussi la plus misérable que j’aie jamais écrite". Avant de poursuivre : "Nous sommes quand même en Belgique…", provoquant l’hilarité générale. "Je crois que les Belges aiment bien les gens de Sheffield. Nous avons quelque chose en commun", conclut le chanteur originaire de cette ville industrielle du centre de l’Angleterre. En somme, un concert sans doute moins éblouissant que celui donné à l’AB lors de la dernière tournée, mais toujours classe et touchant. A l’image du personnage.