Scènes Entretien

L’humoriste français arrive au 140 avec un spectacle mis en scène par Philippe Sohier, et où il est accompagné par des musiciens: Maxime Perrin à l’accordéon et au cor, Francky Mermillod à la guitare, Julien Bonnard et Stéphane Sangline à la batterie et à la trompette.

Que doit-on comprendre du titre de votre spectacle ? Que vous êtes fatigué ?

Pas fatigué, peut-être un peu dépité. Un peu frustré de voir une société qui tourne en rond et qu’on ne fait pas grand-chose pour que ça change. Et puis j’ai un peu une image d’éternel insatisfait, et je voulais me moquer un peu de moi-même pour pouvoir éreinter tout le monde derrière.

D’habitude on dit qu’avec le temps, quand on vieillit, on devient un peu moins énervé…

Eh bien moi je rajeunis. Faut croire que c’est ma nature profonde.

Qu’est-ce qui vous fait réagir dans l’actualité récente ?

La façon dont on a traité la crise financière, qui était vraiment une pitrerie totale. Rien n’a changé, si ce n’est qu’on s’est aperçu que les politiciens étaient totalement impuissants devant la machine économique. Que les banques ont compris que si elles avaient des problèmes, les Etats allaient de toute façon leur filer du pognon, qu’elles seront encore plus grosses et encore plus puissantes qu’avant. Ce qui me hérisse aussi, c’est la gestion de la grippe - qui fait que le virus effraie plus par les moyens mis en œuvre pour l’éradiquer. On est dans la peur, dans l’angoisse, et un peuple qu’on angoisse bien est plus manipulable. Je ne dis pas forcément qu’il y a un calcul là derrière, mais je constate que ça sert bien le pouvoir.

Est-ce que depuis que Nicolas Sarkozy est président de la République, vous avez plus de matière ? C’est plus facile de faire rire ?

Oui, avec des choses qui sont absolument dramatiques et pathétiques, comme lui.

Vu de Belgique, on a parfois l’impression que taper sur Sarkozy, ça devient un peu consensuel…

Moi j’étais dans les premiers, je ne hurle pas avec les loups. Et à un moment donné, c’était même bien de ne pas taper dessus. Les journalistes qui étaient d’une complaisance infinie avec lui se réveillent maintenant. Je pense que le Président est en train de foutre la société française en l’air. Et que c’est un homme qui d’un point de vue psychiatrique est malade : narcissique, mégalo, persuadé de détenir la vérité, il a tout fait, il est responsable de tout, et dernièrement on a appris que c’était lui qui avait fait chuter le mur de Berlin ! Heureusement qu’au niveau mondial il y a quand même Berlusconi qui est numéro un dans le genre. Mais une fois qu’il disparaîtra de la scène politique

Le seul qui semble trouver grâce à vos yeux, c’est Barack Obama. Son élection a changé le regard acerbe que vous portiez sur les Etats-Unis ?

Oui et non. Son accession a la présidence a effectivement été le seul bon moment qu’on ait vécu cette année, mais Obama sera vite (et est déjà) confronté à la réalité. Quand on voit ce qui l’attend, on se dit qu’encore une fois, c’est le Noir qui va se taper le boulot de merde !

Qu’est-ce qui vous fait rire de bon cœur ?

Plein de trucs. J’ai un humour lucide, un peu violent, je mets le doigt où ça fait mal, mais je peux rire de quelqu’un qui glisse sur une peau de banane. Mais je suis surtout très Desproges, Bedos et Cie, évidemment.

On vous compare – et confond parfois – avec Stéphane Guillon, qui livre chaque matin une chronique au vitriol sur France Inter…

C’est normal, on est un peu de la même famille.

Ça vous plairait, une chronique récurrente en radio ou en télévision ?

On m’en a proposé une le matin sur France Inter, mais j’ai dit non : c’était trop tôt pour moi. On a notre métier, mais on a notre vie aussi

Depuis que vous avez quitté l’écran (NdlR : Christophe Alévêque officiait jadis chez Laurent Ruquier), vous avez l’impression d’avoir perdu en notoriété ?

Pas du tout. J’ai encore plus de gens dans mes salles qu’avant. On nous fait croire qu’on est vivant parce qu’on est dans les médias. Or, la plupart des gens sont dans les médias parce qu’ils sont morts et qu’ils l’ignorent.

Vous vous censurez parfois ? Vous vous faites censurer ?

Sur scène, je fais tout ce que je veux, du moment que ça ait un sens. A la télé, quand les gens voulaient que je leur soumette un texte, je faisais semblant que je ne l’avais pas terminé. En France, qui est une démocratie, il n’y a pas de censure directe. C’est un autre mécanisme : le gouvernement qui appelle le CSA qui appelle la chaîne qui appelle l’animateur qui appelle etc. La censure, c’est un peu comme l’argent sale, ça circule pareil.

Qu’avez-vous gardé de vos études de commerce ?

Une profonde dépression ! Ça m’a beaucoup aidé, en fait. J’ai compris tout ce que je n’aimais pas. Ça m’a regonflé pour la suite, pour faire tout mon possible pour ne pas me servir de mon diplôme !

Bruxelles, Théâtre 140, le 4 décembre à 20h30. De 22 à 29 €. Infos&rés. : 02.733.97.08, www.theatre140.be