Scènes

On ne boudera pas son plaisir face à «L'Importance d'être Constant» mis en scène par Gérald Marti aux Galeries. Servi par une distribution irréprochable, ce divertissement de haut vol nous restitue le chef-d'oeuvre d'Oscar Wilde, frais comme une rose cueillie le matin même au parterre d'un jardin anglais.

Dans le rôle d'Algernon Moncrieff, alter ego et porte-parole de l'auteur, Damien Gillard se taille une attachante composition, inspirée directement de la figure de l'auteur du «Portrait de Dorian Gray».

Du dandy sceptique, il affiche avec élégance l'insolente frivolité, érigée en philosophie de vie. Sous ses allures de farce débridée, cette pièce politiquement très incorrecte ici adaptée par Jean-Michel Déprats reste d'une actualité sidérante, un certain nombre de travers de l'Angleterre fin-de-siècle semblant s'être transmis directement aux démocraties libérales du XXIe siècle.

Dans le monde de Wilde, les jeunes femmes tombent amoureuses d'un prénom, les hommes à marier mènent des doubles vies, les pasteurs se laissent courtiser par des gouvernantes. Et, bien sûr, personne ne travaille, l'oisiveté et le mensonge étant les premiers critères d'accession à la condition d'être humain civilisé.

L'essence d'un certain humour anglais, fait de fantaisie, de nonsense, d'outrages souriants à la logique et aux conventions sociales, a trouvé son incarnation sur le plateau des Galeries, même si la mise en scène produit par endroits une agitation proche de l'hystérie.

Les comédiens ont ce qu'il faut de légèreté bondissante, de rosserie et de fausse candeur, d'égoïsme et d'hypocrisie revendiqués, de nonchalance calculée. Face à Damien Gillard, dans le rôle un peu ingrat de John «Constant» Worthing, Serge Demoulin sert le propos avec loyauté. Nuque rasée en signe de raideur victorienne, il assiste, médusé mais combatif, aux menées parfaitement indélicates de son meilleur ami, Algie, qui s'introduit dans sa maison de campagne, séduit sa pupille et dévore sans vergogne tous ses muffins.

Micheline Goethals et Claire Tefnin sont d'idéales jeunes Anglaises en fleur, délicieuses et frivoles dans leurs élans amoureux, poisons perfides quand elles s'affrontent. Paule Noelle campe une Lady Bracknell redoutable en douairière tout à la fois impériale et madrée. La gouvernante de Louise Rocco va jusqu'à la cocasserie dans son pastiche de mélodrame romantique français. On comprend que le pasteur Chasuble de Gérard Vivane, petit morceau d'anthologie, éprouve quelque crainte à tomber dans les bras de la très lyrique Miss Prism.

Bruxelles, Théâtre royal des Galeries, jusqu'au 3 juin. Tél.: 02.512.04.07.

© La Libre Belgique 2001