Scènes

« Wilderness » de Vincent Hennebicq, créé au Théâtre National à Bruxelles, est une gageure. Comment rendre au théâtre, dans un espace confiné et surpeuplé, l’idée d’une nature sauvage, immense, où on se retrouve seul !

Arieh Worthalter avait étudié au Conservatoire de Liège avec Vincent Hennebicq. Il eut ensuite l’envie –comme nous tous un jour, mais lui, il l’a fait- de tout lâcher et de parcourir le monde pendant deux ans avec sa guitare et ses questions.

Il a passé six mois, seul, comme gardien dans un parc du nord du Canada en pleine nature sauvage, « In the Wild ». Seul face à la nature forcément sublime, et seul face à lui-même.

Il a raconté sa saga à Vincent Hennebicq et ils ont eu l’idée de la mettre en scène dans une vraie co-création. Le texte inspiré de cette aventure a été réécrit et enrichi de références à d’autres grands voyageurs (Thoreau, Tesson, London).

Le résultat est un seul en scène d’une heure et demi, performance en soi d’Arieh Worthalter de captiver aussi longtemps son public.

Temps, espace, silence

Il y a une trame type cinéma américain de trappeurs mais l’essentiel est bien la confrontation d’un homme avec la nature et avec lui-même. Là, on a encore le temps, l’espace et le silence, les vraies richesses d’aujourd’hui. Sylvain Tesson dans son beau livre « Dans les forêts de Sibérie », écrivait : « Le froid, le silence et la solitude sont des états qui se négocieront demain plus chers que l’or. Sur une Terre surpeuplée, surchauffée, bruyante, une cabane forestière est l’Eldorado ».

Le spectacle évite heureusement les clichés romantiques et les vidéos de couchers de soleil sur les lacs. Loin d’une plongée dans une nature sublime, l’expérience s’avère souvent difficile. On y est sale, toujours sale, répète-t-il. Il y a les moustiques en été, parfois les touristes si patauds, il y a l’inconfort, les ours noirs et grizzly, les orages, la pluie, la neige… Mais aussi la poésie sauvage et les magnifiques ballades interprétées sur scène par Arieh Worthalter et sa guitare. Et ces questions qui ne trouvent pas de réponses.

Les éléments clés du spectacle sont sa scénographie et sa musique. Boris Dambly a imaginé un « vivarium », ces caisses qu’on retrouve dans les museums des sciences naturelles où une espèce vit dans un bout de son univers habituel. Ici aussi, une grande caisse contient un morceau hyperréaliste de cette nature sauvage. Et là, l’orage éclate, la neige tombe comme les feuilles d’automne, il drache, il y des flaques et des touffes d’herbe.

C’est un espace confiné car finalement, même dans ces grandes étendues, on reste confiné face à soi-même.

La musique de Thomas Turine est un « sampling » de divers sons repris au monde environnant avec en prime des rappels de Purcell.

Jack London écrivait : « Le paysage morne, infiniment désolé, qui s’étendait jusqu’à l’horizon était au-delà de la tristesse humaine. Mais du fond de son effrayante solitude montait un grand rire silencieux, plus terrifiant que le désespoir ».

Le Wild sauvage, grandiose, effrayant.

Wilderness, Théâtre National, Bruxelles, jusqu’au 27 novembre