Scènes

En novembre, au biennal Festival de danse de Cannes dont il a assuré la direction artistique des éditions 2011 et 2013, Frédéric Flamand avait programmé une soirée autour de Shen Wei - connu pour avoir chorégraphié la cérémonie d’ouverture des JO de Pékin en 2008, mais surtout personnalité artistique multiple et passionnée.

Né dans la province de Hunan en 1968, formé avec rigueur pendant onze ans à l’Opéra chinois, le jeune Shen pratique non seulement la danse traditionnelle mais aussi le chant, la peinture, la calligraphie. Il est interprète pour la Hunan State Xian Opera Company de 1984 à 1989. Étudiant, il se plonge dans l’art visuel occidental, et s’intéresse à la danse moderne. En 1991, à 23 ans, il participe à la fondation de la Guangdong Modern Dance Company, première troupe du genre en Chine. Une bourse lui permet, en 1995, de gagner New York pour étudier au Nikolais/Louis Dance Lab. On l’invite bientôt à présenter son travail, à l’American Dance Festival, puis en Asie, en Europe. En 2000, il fonde Shen Wei Dance Arts, qui ne tarde pas à se faire une place sur la scène internationale. Et a reçu depuis lors, en parallèle des créations pour sa compagnie, moult commandes, notamment du Muziektheater Amsterdam, du Kennedy Center for Performing Arts, du Hong Kong’s New Vision Arts Festival, du Festival d’Édimbourg. Chorégraphe invité aux Grands Ballets canadiens de Montréal ou les Ballets de Monte Carlo, il a par ailleurs récemment mis en scène, chorégraphié et scénographié un "Carmina Burana" au Teatro di San Carlo de Naples.

Sacre, tableaux vivants, performances

De 2003 date la première pièce montrée à Cannes, "Rite of Spring". "La première fois que j’ai entendu le ‘Sacre du Printemps’ de Stravinsky, en 1989-1990, j’ai cherché à comprendre pourquoi ça me touchait tant : la force dramatique, les couches, les changements de dynamique dans l’œuvre", explique Shen Wei. Qui a choisi pour cette version une transcription pour piano à quatre mains de Fazil Say. "Ma passion pour la musique réside dans la structure. A la première écoute, des sentiments peuvent émerger mais l’histoire n’est pas encore là. Elle arrive ensuite…"

"Near the Terrace" (2001) travaille sur la lenteur, une sorte de suspension centrée, un souffle contenu, pour développer de fascinants tableaux. Citée comme influence, la peinture de Paul Delvaux a en fait été utilisée par Shen Wei, qui l’étudiait alors, comme un "outil de communication visuelle" pour ses danseurs.

"Les deux pièces datent d’il y a dix et treize ans. Je suis ailleurs maintenant", sourit paisiblement l’artiste, dont le travail actuel inclut des performances et interventions dites "site specific", soit dans des lieux non théâtraux : galerie, musée, parc, église… Shen Wei Dance Arts crée une ou deux pièces par an, et voyage avec son riche répertoire : "Une compagnie survit en tournant."

En tant que danseur - formé successivement à l’Opéra chinois, au ballet classique, à la modern dance -, "je considère que tout est susceptible d’influencer ma façon de bouger, ensuite je suis le courant. Le mouvement en lui-même a sa vie propre" : telle est la conviction de ce chorégraphe multiprimé qui a toujours peint (y compris pour les décors et costumes de ses créations), est un photographe talentueux (dont ont été publiés des portfolios) et s’affirme passionné de science : "L’univers, la gravité, le climat, l’eau, tout cela m’en a appris beaucoup sur l’humain et comment nous, en tant qu’animaux, sommes affectés dans nos mouvements par l’extérieur."


La compagnie, le répertoire, l’actualité : www.shenweidancearts.org Photos (spectacles et peintures) et quelques vidéos (extraits de spectacles) à découvrir sur http://shenweiproductions.com