Scènes

Ne vous fiez pas aux dix premières minutes qui suivent le lever de rideau. Pour peu, on se croirait à la première répétition d’une troupe d’amateurs. Bigre, les Galeries nous ont habitués à mieux que cela ! Mais soudain, le mystère se dissipe. Dans la salle, le metteur en scène se dresse, interrompt la scène et s’efforce de corriger le tir. Oui, c’est du théâtre dans le théâtre. Une mise en abyme qui n’a cependant rien d’une réflexion sur la quête de soi comme a pu le faire Pirandello. Ici, on est bien aux Galeries et l’objectif est tout simplement de se laisser sombrer dans le délire, de succomber aux vertus du "nonsense". Il est vrai que l’auteur de "Silence en coulisses", le Britannique Michael Frayn, nous livre ici, une véritable anthologie par l’exemple de l’humour anglais, celui qui a inspiré les Monty Python ou Mr Bean dans ses meilleures œuvres.

Pour qui sont ces sardines…

En d’autres termes, on est moins là pour l’histoire que pour la manière dont elle est racontée. Et sur ce plan, la mise en scène d’Eric De Staercke est réellement sans faille, tout comme la prestation de la petite dizaine de comédiens qui s’adonnent sans compter à un délire qui va crescendo. Car tout démarre en mode mineur dans ce qui semble s’annoncer comme un vaudeville franchouillard des plus classiques. Et on a droit aux portes qui claquent, aux quiproquos cousus de fil blanc et même aux pantalons qui tombent sur les chaussettes.

Tout y est, sauf que l’on ajoute à cela une bonne dose d’absurdité. Que diable viennent faire dans cette trame ces sardines à l’huile, qui deviennent même le seul fil conducteur intangible du début à la fin du spectacle ?

On s’interroge encore sur la raison d’être de ces sardines à la fin du premier acte. Mais lorsque le rideau se lève de nouveau et que le même décor est présenté cette fois côté pile, on ne se pose plus de question. La trame et l’histoire, on les oublie. Le vrai sujet, ce sont les acteurs eux-mêmes. Leurs petites histoires, leurs disputes, leurs querelles et leurs amours. Et ce qui compte alors, c’est de découvrir en quoi ces petits drames du quotidien vont influer sur le déroulement du spectacle, de l’autre côté des coulisses. Une fois encore, on est piégé par la dynamique burlesque de tout cela et par un final digne des meilleures pages d’Hellzapoppin.


---> Bruxelles, Théâtre royal des Galeries, jusqu’au 14 mai, à 20 h 15 (dimanche à 15 h). Info&rés. : 02.512.04.07, www.trg.be