Scènes Le metteur en scène australien présentait en français, "Les 'Trois soeurs' de Tchekov", version 2018. Critique.

Avec Ivo Van Hove, Milo Rau ou le jeune Julien Gosselin, Simon Stone, 33 ans, fait partie des metteurs en scène les plus demandés en Europe, tant pour le théâtre que l’opéra. On a pu voir ce week-end au Singel, à Anvers, son adaptation des "Trois soeurs" de Tchekov, créée en français en 2017 au théâtre de l’Odéon à Paris. Notons que parmi les dix acteurs sur scène, il y a Eric Caravaca, jouant le frère Andreï, et dont on peut voir depuis mercredi au cinéma, le magnifique film documentaire "Carré 35" qu’il a réalisé sur sa soeur morte à 3 ans dans le déni de ses parents.

Ce spectacle de Simon Stone est typique de sa manière. Il s’empare de grands textes classiques et les réarrange totalement tout en gardant l’essentiel !

On retrouve bien Olga, l’aînée, austère, fermée, protectrice de ses sœurs, Macha qui trompe son ennui et son mari avec un voisin de passage et Irina qui aspire à une autre vie et désespère ses amants. On retrouve le frère artiste, paumé, qui épouse une femme vulgaire qui, chez Simon Stone, ira jusqu’à racheter la maison de famille (comme dans La Cerisaie).

L’esprit de Tchekov est bien conservé: c’est une pièce sans trame, sans histoire, où on plonge dans la psychologie de personnages hantés par la mélancolie et les blessures de la vie.

Mais pour le reste, Simon Stone a tout réécrit. La langue est contemporaine, les protagonistes jouent dans une maison moderniste reconstituée sur scène. Certains sont à l’étage prendre une douche, pleurer ou faire l’amour, d’autres, au salon, d’autres encore à la cuisine. La maison tourne sur elle même comme la vie et dévoile toutes les chambres à la fois.

Trump

On y parle de la victoire de Trump, de Schwarzenegger . Olga s’avère être lesbienne, le frère est drogué. La langue bien éloignée de celle de Tchékov (écrite il y a 120 ans !) irrite parfois par son abus de vulgarité ("Putain", dit-on sans cesse) et par la confusion des voix (comme lorsqu’on arrive à l’improviste dans une réunion de famille agitée ). Mais au final, l’émotion est là. Dans une mise en scène spectaculaire, et une langue à l’heure d’Internet, on retrouve totalement actualisé, le regard de Tchékov sur " des personnages extrêmement humains qui voient leur vie peu à peu s'étioler, avec le désespoir de n'avoir rien construit, rien entrepris, entre conversations absurdes et grands débats philosophiques, entre mariages ratés et désespoirs amoureux". C’est dans nos mots (maux) d’aujourd’hui, " le th ème du temps qui passe et détruit les rêves, de l'importance du travail et de l'autonomie, de l'ennui et de l’ amour. "