Scènes

ENTRETIEN

Philippe Sireuil crée la semaine prochaine à Mons, son nouveau spectacle «Des couteaux dans les poules». C'est sa première création théâtrale depuis son éviction très controversée de la direction du Théâtre Jean Vilar à Louvain-la-Neuve. Depuis lors, il a créé une nouvelle structure («La servante») et il tourne avec d'anciennes mises en scène, dont «Le triomphe de l'amour», qui vient encore de... triompher un peu partout. Il s'apprête à créer «Le récit de la servante Zerline», un monologue pour Jacqueline Bir à la comédie Claude Volter. Il est aussi un des candidats majeurs à la direction du Théâtre national, un dossier qu'il ne veut pas commenter tant que les experts étudient encore les dossiers présentés. Nous l'avons rencontré.

Pourquoi avoir choisi cette pièce d'un auteur peu connu, David Harrower?

J'étais tombé sur le livre, dans une librairie à Paris et j'avais été interpellé par ce titre étonnant. Depuis 4 ans, je traîne ce projet. Il suffit d'une petite recherche sur Google pour vérifier que sa pièce a été jouée partout en Europe, qu'elle a reçu un important prix en Allemagne montée par Ostermeier et que Claude Régy l'a proposée en France. Je m'apprêtais à la monter pour le Théâtre Jean Vilar, mais les circonstances m'en ont empêché et heureusement Daniel Cordoba, à Mons, a coproduit ce spectacle avec le Théâtre de l'Ancre à Charleroi.

C'est une pièce à la fois sur la ruralité et le langage?

On y parle de l'apprentissage du langage, car qui le possède maîtrise son rapport au monde. Arriver à nommer une table, c'est montrer qu'on n'est pas une table. Et cela dans un monde rural où les superstitions maléfiques se mêlent à la croyance que Dieu régit tout. Une pièce avec un climat, un univers opaque où on ne serait pas étonné de voir surgir un Troll. Dans ce monde, une femme s'éveille aux mots, au mensonge et à sa sexualité. Une très belle pièce, un poème dramatique.

Vous n'avez pas opté pour une mise en scène naturaliste?

La pièce a une construction classique, une histoire mais elle est en 24 tableaux et 9 lieux différents. Une pièce très polysémique qui commence comme du Fassbinder et se poursuit comme du Joyce. Harrower dit que sa pièce demande que le spectateur fasse un bout de chemin.

Où en est votre demande de subsides pour votre structure «La Servante» ?

J'ai fait une demande qui me semble légitime. Mais je n'ai eu aucune réponse, aucune indication ni d'un soutien possible ni d'un montant de subsides envisageable.

© La Libre Belgique 2004