Scènes

Dans la plus célèbre ville d’eau du monde, la gent théâtrale s’apprête à plier bagage, avec la promesse ferme de revenir l’an prochain pour une 53e édition. Rien ne transpire encore du programme à venir, mais les organisateurs savent déjà qu’ils ne devront plus compter sur les anciens thermes pour abriter leurs bureaux et des représentations : le bâtiment sera en réfection.

Lundi matin, Armand Delcampe s’est rendu à la messe pour lire Péguy et Claudel célébrant la Vierge Marie - eh oui, depuis le VIe siècle, les chrétiens fêtent le 15 août la "dormition" ou "assomption" de la mère de Jésus qui en mourant accédait à la gloire divine. À la sortie de l’office, il nous confiait que le Festival se portait bien, avec onze mille places vendues, quelque 760 abonnés et des recettes propres dépassant les estimations les plus optimistes. "Mais il nous faut des moyens, pour indexer les comédiens et les techniciens, pour développer les stages, pour améliorer la promotion, etc.", scandait-il encore.

Ce mardi matin, le public est attendu à la Guinguette pour la traditionnelle rencontre de clôture avec les organisateurs. Le soir, Jacqueline Bir jouera "Sarah" sur la scène du Petit Théâtre Jacques Huisman, tandis qu’Olivier Leborgne poursuivra sa "conversation avec son pénis" à la Guinguette. Les spectateurs sont encore attendus au "Purgatoire" revisité par Dominique Bréda, conviés aux "Nuits blanches" de Dostoïevski et aux "Histoires comme ça", récits tirés de Rudyard Kipling par Bernard Cogniaux.

Encore le nez dans le guidon, Cécile Van Snick nous disait lundi matin son bonheur de piloter ce festival de théâtre cinquantenaire. "Comme j’anime aussi les rencontres entre les auteurs et le public, ainsi que les lectures de pièces inédites, je suis en contact direct avec les festivaliers qui ne se privent pas de me faire part de leurs impressions. Et je constate que ce ne sont pas les propositions les plus "risquées" qui remportent le moins de succès. Le public d’ici est curieux, attentif, avide de découvertes."

Les comédiens en témoignent également, comme le Français Jean-Pierre Bouvier qui adore la ville et son ambiance. Venu avec "La Dame au petit chien" d’après Tchekhov après l’avoir joué pendant un mois dans le off d’Avignon, participant de toute son énergie à la lecture de la nouvelle pièce de Serge Kribus, "Les Chercheurs d’or", juste avant de monter en scène dimanche, le comédien français s’enthousiasmait pour la qualité d’écoute et le soutien du public spadois.

Parmi les images qui nous restent de cette 52e édition, il y a par exemple la joie authentique de Jean-Claude Grumberg découvrant les jeunes comédiens belges dans des textes écrits 40 ans plus tôt (" Les gens bien n’osent plus sortir le soir"). Se pressant autour de lui à la fin de la représentation, ces derniers emmenèrent "leur" auteur dîner avec eux, autant pour le fêter que pour l’assaillir de questions. Ou Eric De Staercke revenant à Spa pour découvrir "Le Non de Klara", mis en scène par Patricia Houyoux, sa partenaire dans "Moi je crois pas !". Nous, ce Festival avec sa simplicité, son naturel et son évidence, on y croit !