Scènes

Lundi soir, le conseil d’administration du théâtre des Tanneurs a désigné David Strosberg pour succéder à Xavier Lukomski, démissionnaire. On se souvient que ce dernier avait jeté l’éponge, ne parvenant plus à combiner dans le budget qui lui était alloué ses ambitions de mises en scène et celles de son théâtre. La démission de Lukomski avait ému le milieu théâtral qui y avait vu le signe des difficultés des petites structures.

David Strosberg a 34 ans. Il est né à Anvers où il vécut 18 ans avant de faire ses études à l’Insas et de rester vivre à Bruxelles, une ville qu’il a adoptée avec passion. David Strosberg est actif depuis une dizaine d’années dans les communautés française et flamande. Il a débuté comme metteur en scène au théâtre Varia avec "L’enfant rêve" d’Hanoch Levin durant la saison 2000-2001. Ensuite il a mis en scène "Le tueur souriant" de Jean-Marie Piemme en 2003, "Ode maritime" au Theater Zuidpool à Anvers, "Un amour déraisonnable" au Kunstenfestivaldesarts 2006, "Schitz" au KVS, "Djurjurassique bled" et "Incendies" au théâtre National. Il a également co-écrit et joué dans plusieurs projets dont notamment un "Coq de Cordoue" de Dito’Dito, "We people" d’Union suspecte, "Kroum" de Ruud Gielens et "Minimansmo" du théâtre de Galafronie. Cette saison, il a monté "Mein Kampf (farce)" de George Tabori au théâtre Varia. D’autre part, il a également une longue expérience en tant que dramaturge ainsi que programmateur.

Avec Dito’Dito, il a côtoyé une compagnie qui refuse dans ses spectacles le fossé qui sépare les langues, les cultures et les générations à Bruxelles. De là, ce parfait bilingue est passé comme naturellement au KVS où il fait partie de la dizaine d’artistes associés.

Il entrera en fonction en janvier, pour préparer la saison 2010-2011 dont il n’a encore rien révélé sauf qu’il négociait avec Armel Roussel pour l’arrimer à son projet des Tanneurs.

Il a précisé qu’il ne ferait pas de mises en scène aux Tanneurs pendant les deux premières années au moins (de quoi éviter les problèmes budgétaires qui ont émaillé la direction de Lukomski). Mais il ajoute qu’au KVS aussi, son travail dépassait la mise en scène proprement dite : "J’y faisais le pont entre les artistes et les autres départements du théâtre. J’ai toujours fait des choses très différentes : de la dramaturgie, des ateliers, j’ai joué. Préparer une nouvelle saison dans un théâtre comme les Tanneurs est aussi une forme de dramaturgie, une mise en scène passionnante; Programmer, c’est raconter une histoire sous des modes différents".

Dix-neuf candidats avaient déposé leurs candidatures, dont six furent entendus par le CA. En choisissant Strosberg, les Tanneurs confirment qu’ils veulent avoir un "artiste" à la tête de leur théâtre et pas un "intendant", quitte à l’épauler, comme ici, par un directeur administratif (Nicolas Dubois). Ce qui a particulièrement séduit le jury est le lien fort que Strosberg veut nouer entre le quartier et le théâtre, tout en conservant, dit-il, une ligne et une exigence forte sur le plan théâtral.

"Ce qui m’a attiré vers les Tanneurs, explique Strosberg, est qu’on y est au centre de la ville et qu’on veut y créer un lien direct avec des gens dont on souhaite valoriser les énergies. C’est un projet pour croire à une ville possible où les gens peuvent se croiser, se rencontrer. Je voudrais que chaque Bruxellois ait une occasion au moins chaque année de venir aux Tanneurs." Un discours sur la ville et le rôle d’un théâtre dans la ville assez proche de celui de Jan Goossens, le directeur du KVS. "Je veux être proche des artistes, de l’émergence des talents, pousser le lien avec la Wallonie mais aussi avec l’international. Un lieu relativement petit ne doit pas en avoir peur. Le lien avec la Flandre pourra se faire via les artistes eux-mêmes, s’ils le souhaitent."

On attend maintenant la nomination d’un nouveau directeur aux Brigittines, toutes proches des Tanneurs. Yvan Mayeur, président du CA, souligne que la Ville de Bruxelles, présente dans les deux institutions distantes de 200 m à peine, veut développer les liens entre elles : rationalisations administratives sans doute, optimisation des salles et des infrastructures.