Scènes

D’humeur très italienne et marginale en ce printemps, le National programme également, jusqu’au 29 avril, "La Rive" par En Compagnie du Sud, une mise en scène sobre, juste et chorale de Martine De Michele pour un collectif de cinq femmes au sang chaud qui ont la rage contenue et un discours à tenir.

Comme Ascanio Celestini - avec lequel Martine De Michele a travaillé en atelier à Lampedusa -, elles s’intéressent aux ruptures de vie, aux laissés-pour-compte. Ceux du monde du travail, ces étalagistes ou magasinières à la limite du burn-out, de l’épuisement, de la dépression mises sous pression par leur patron (ne), contraintes de laisser "crever" ceux qui tombent sur le bord de la route. Confiance et envie en berne, surcharge de travail exponentielle, climat de suspicion… Il n’en faut pas plus pour perdre le goût de la belle ouvrage. Et de l’ouvrage tout court. Jusqu’où peut-on perdre son âme ?

Les comédiennes tissent une trame invisible entre ces êtres au bord du précipice, une succession de récits, de témoignages, ce précieux matériau de base de la metteure en scène, sans réelle construction narrative. Elles naviguent entre le réel et l’imaginaire, jouant parfois sur la confusion, avant, dans la deuxième partie du spectacle, d’échouer sur la Rive, celle d’une toute petite île, au Sud de l’Europe, où la Méditerranée recrache ses morts, inlassablement : Lampedusa.

Un axe Nord-Sud, une bipolarité, relie les deux entités, ces ensembles de témoignages qui offrent en quelque sorte deux spectacles en un. Et qui sont ponctués de chants populaires italiens, faisant intégralement partie du récit. Comme l’est précisément le Nord, la première rive du spectacle est plus désincarnée, distanciée. Il faudra traverser la Méditerranée pour retrouver les couleurs et la chaleur du Sud, malgré les drames qui s’y jouent. Un travail noble et une prise de conscience.