Surprise: le National au Kladaradatsch

GUY DUPLAT Publié le - Mis à jour le

Scènes

La comédie et le drame sont inhérents au théâtre. C'est apparemment la pièce qu'on joue au National. Depuis des mois, on savait que ce théâtre devait déménager pour la fin mai. Depuis des mois, les ministres en charge du dossier ont hésité entre l'hippodrome de Boisfort, le «bottelarij» à Molenbeek et Tour et Taxi. Depuis des mois, ils se heurtent tantôt à des obstacles juridiques, tantôt à des querelles entre les ministres Demotte et Hasquin (qui ne veut pas de Molenbeek), ou Chabert qui a d'autres plans pour l'hippodrome. Et, surprise, quelques semaines à peine avant de se retrouver sur le trottoir, le Théâtre national apprend que la Communauté française veut un déménagement rapide dans les salles du cinéma Kladaradatsch, près de la Bourse, à Bruxelles-ville. Même s'il n'y a eu apparemment ni concertation avec le théâtre lui-même, ni étude approfondie. Le cinéma accueillait il y a quelques semaines, encore les spectateurs du festival du cinéma de Bruxelles.

FRONT COMMUN

Les trois ministres du gouvernement de la Communauté qui s'occupent de ce dossier Hervé Hasquin, Richard Miller et Rudy Demotte avaient décidé de décider, quoi qu'il arrive. Il fallait une solution si on ne voulait pas faire un théâtre sous tente. Et ils souhaitaient présenter ce jeudi, une image unie face à la presse. L'accord entre eux a pu se faire sur cette solution surprise qui a le mérite d'exister et de sauver un bâtiment très intéressant. La Communauté entend racheter les bâtiments de l'ancien cinéma pour 200 millions. Un courrier est parti en ce sens vers le propriétaire allemand, mais une surenchère d'un autre candidat acquéreur est toujours possible, qui retarderait encore l'épilogue de cette longue saga! Si l'achat se fait, des travaux pourront commencer rapidement à un coût raisonnable, dit-on, et moindre que ce qu'aurait coûté une implantation en semi-dur à l'hippodrome de Boisfort. Il y a deux salles qui peuvent être agrandies pour convenir au théâtre, disent les ministres. Le Pathé Palace fut d'ailleurs, jadis, une salle de spectacle. «Le lieu est exceptionnel,

souligne Hervé Hasquin. Parce qu'il a une grande valeur patrimoniale, parce qu'il est situé au coeur de la ville et parce qu'il pourrait amener un renouvellement du public du Théâtre national».

C'est vrai que le Kladaradatsch, appelé auparavant Pathé Palace, attire une clientèle jeune, possède un café donnant sur la rue et se trouve au coeur de la ville.

LIEU DÉFINITIF

Henri Simons échevin de la Culture à Bruxelles se réjouit de cette décision et a promis le plein appui de la ville (y compris financier) pour que ce projet de reprise du Kladaradastch se réalise. Par contre, le conseil d'administration du théâtre n'a été que très partiellement informé des choix du gouvernement. Et hier, les dirigeants du théâtre, visiblement peu associés à cette décision, se concertaient avant de faire tout commentaire.

Ce lieu d'implantation devrait être provisoire (deux ou trois ans), le temps de construire une implantation définitive pour le National. On sait que la tour Rogier qui l'accueille aujourd'hui sera entièrement réaménagée, sans doute, sans théâtre. Le National pourrait être logé au boulevard Emile Jacqmain dans un bâtiment tout neuf et spécifique pour le théâtre. Une solution qui a la préférence de tous les acteurs concernés mais qui reste très chère. Un accord sur l'implantation définitive devrait être trouvé avant avril.

Il n'est d'ailleurs pas exclu a priori que l'implantation provisoire au Kladaradatsch devienne définitive! Si le théâtre quitte par contre un jour l'ancien cinéma, celui-ci pourrait devenir un lieu culturel merveilleux pour la Commnuauté, précisent les ministres.

AVEC MONS

Par ailleurs, en «un geste fort», comme l'ont souligné les trois ministres (tous Hennuyers, par ailleurs), la décision a été prise de «mener une politique de décentralisation du Théâtre national».

Depuis plusieurs années, des voix s'étaient fait entendre accusant la grande salle de la Communauté d'être trop bruxelloise, même si elle a mené de nombreuses coproductions entre autres avec le Théâtre de la Place à Liège. Cette fois, les ministres veulent pousser les choses bien plus loin. Un vrai partenariat devra se faire entre un Théâtre national réellement décentralisé à Mons et le centre dramatique hennuyer dirigé par Daniel Cordova. «Je suis totalement surpris dit ce dernier. Je ne suis au courant de rien. Et cela ne semble pas encore officiel. Nous avons de très bonnes collaborations avec le National depuis dix ans. S'il s'agit de renforcer cela, tant mieux». Comment cette décentralisation va-t-elle se faire? Y aura-t-il des créations à Mons? Une antenne du National? «Il est encore trop tôt pour répondre à tout cela, répond Richard Miller, les choses doivent encore s'organiser, les modalités doivent être définies. Dans la perspective des assises culturelles, les 8 et 9 mars, de Mons capitale wallonne de la culture».

© La Libre Belgique 2001

GUY DUPLAT

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