Scènes

Figure phare du théâtre belge, la comédienne avait entamé sa carrière en 1945.

"J'ai commencé et tout a continué”, confiait en 2005 Suzy Falk, dans un bref entretien qu’elle concluait ainsi : “Il faut vraiment aimer le théâtre passionnément.”

Née en 1922 à Düsseldorf de parents juifs allemands “libres-penseurs”, elle était arrivée avec eux en Belgique à douze ans, alors qu’en Europe commençaient à se faire entendre d’inquiétants bruits de bottes.

Son parcours théâtral, remarquable de longévité (65 ans de carrière !) et de diversité, émaillé de plus de 200 rôles, commence au lendemain de la guerre, que Suzy a passée en portant l’étoile jaune et de vrais faux papiers, en travaillant à l’hôpital israélite et en suivant des cours particuliers de théâtre.

Diction précise, regard perçant

La scène l’appelle. Elle joue, chante, danse. Sa voix mélodieuse à la diction précise, son visage expressif au regard perçant se mettent au service de Shakespeare et de Claudel, de Ghelderode et de Giraudoux, de Ionesco et de Molière, de Rimbaud et de Maeterlinck, pour n’en citer que quelques-uns.

“Au fond, qu’est-ce qu’un beau rôle ? Est-ce que c’est le grand rôle ou le rôle dont on fait quelque chose ? Il faut qu’il y ait une matière.” Ces mots (à comedien.be) sans doute résument la personne Suzy Falk : confiante, humble et fantasque, travailleuse acharnée, enthousiaste, rigoureuse et facétieuse.

Rigueur et facétie

Ève du Théâtre en 1990 pour “Ni Chair Ni Poisson” et “L’Annonce faite à Marie”, elle sera sacrée meilleure comédienne aux Prix du théâtre 2001 pour “Chaos debout” de Véronique Olmi. Ensuite, il y aura encore, entre autres, “Oh les beaux jours” de Beckett, “Sokott” d’Éric Durnez, “Le Silence des mères” de Pietro Pizzuti. Outre l’inoxydable et pétillant “Suzy raconte” que la comédienne a joué, chaque fois différemment selon l’inspiration, le hasard des petits papiers sortis d’un chapeau et le public du moment, dans des lieux divers et des années durant, sa dernière pièce avait été écrite pour elle par René Bizac : “Rue des Jonquilles”. Nous l’avions rencontrée alors (petitlien.fr/87kr)

Suzy Falk laissera à la profession entière et aux générations de spectateurs qui l’ont suivie le souvenir bien vivant d’une femme joyeuse et grave, généreuse et engagée, d’une amoureuse du théâtre qu’elle a défendu avec la passion des plus grands.