Tchétchénie sur les planches

NICOLAS NAIZY (St.) Publié le - Mis à jour le

Scènes

L’éclatement de l’URSS en 1991 permit à la Tchétchénie de devenir indépendante. Cette indépendance ne fut pas du goût de Moscou surtout après plusieurs attentats terroristes qui ravagèrent la capitale russe. La Russie envoya alors en 1994 ses troupes pour calmer les prétentions nationalistes de ce petit Etat enclavé dans le Caucase entre la Mer Caspienne et la Géorgie. Commence alors une guerre qui s’enlisera dans le terrorisme. Récemment, le triste et premier anniversaire de la prise d’otages de Beslan nous a rappelé qu’un conflit est toujours d’actualité dans la région ; un conflit à propos duquel les médias parlent de moins en moins sinon lors des événements les plus sanglants et les moins révélateurs du quotidien des Tchétchènes.

Telle est la motivation qui a poussé le Théâtre de Poche de Bruxelles à inviter des artistes tchétchènes pour son festival des Premières rencontres 2005. En marge également d’Europalia Russie, Le théâtre installé au sein du Bois de la Cambre propose un spectacle - témoignage poignant, engagé où jeunes comédiens belges et artistes tchétchènes échangent et présentent au public le quotidien d’une guerre à ne pas oublier.

A coup de phrases chocs, de témoignages, de textes et de chansons, les trois metteurs en scène du spectacle, Jean-Michel d’Hoop, Jean-François Noville et Magali Pinglaut offrent au public un théâtre militant, sinon engagé. Un spectacle de vérité ? Ici, on essaie de faire un portrait à l’échelle humaine de la complexité de la situation en Tchétchénie, affirme Jean-François Noville. Et justement de la complexité de toutes les vérités possibles.

On pourrait craindre un spectacle lourd, sans couleur et pessimiste mais les musiques traditionnelles, l’ironie de certains textes rappellent que c’est du théâtre avant tout. La première chose était comment faire de l’art avec une matière aussi forte, comment ne pas se faire dévorer par le réel, continue M. Noville. La différence entre un monologue et un récit vécu est monstrueuse. Donc ma préoccupation était de construire du particulier, du beau avec des choses qui sont quelquefois terribles. Des témoignages racontés par les comédiens des deux nationalités. Les comédiens tchétchènes apportent la couleur locale à ce spectacle ainsi que son authenticité. Ceux-ci avouent avoir été impressionnés par la différence du travail théâtral en Belgique par rapport à leur méthode surtout que certains travaillent pour la première fois dans un théâtre européen.

Il est aussi important dans un tel spectacle de ne pas tomber dans un manichéisme primaire. Outre les nombreux témoignages tchétchènes, le spectacle propose aussi des textes de Russes. Leurs mots traduisent leur incompréhension envers la politique de Moscou dans cette guerre sans fin où forces russes et tchétchènes s’entretuent et s'enlisent.

Les comédiens belges de cette édition de ces Premières Rencontres avec la Tchétchénie viennent de sortir des grandes écoles du pays (INSAS, IAD, Conservatoires de Mons, Liège et Bruxelles). Ce spectacle leur permet de monter sur scène dès la fin de leur cursus. Pour moi, la Tchétchénie ce n’était pas grand chose avant ce spectacle, avoue Elizabeth Lenoir, jeune diplômée du Conservatoire de Bruxelles. Maintenant, ça a changé. Le manque de connaissance géographique nous fait dire que c’est tellement loin. La Tchétchénie nous semble en effet si lointaine pourtant les premières minutes du spectacle nous montre que Grozny, capitale de cette petite république caucasienne, est plus proche de Bruxelles que de Moscou. Tous se sont lancés dans cette culture avec enthousiasme notamment en apprenant des chants en tchétchène.

Pour l'élaboration du spectacle, les artistes se sont documentés en consultant des livres et en visionnant plusieurs reportages. Les textes ont été choisis dans la concertation. Une belle complicité entre Belges et Tchétchènes se ressent durant toute la pièce. On a beaucoup ri. Et la différence linguistique a été surmontée presque aussi facilement que la différence culturelle. Moi-même, j'en suis encore étonné, confie Jean-François Noville.

On se laisse émouvoir par les textes. La musique nous emporte. Bref, un spectacle touchant, bien joué, à propos de l'histoire d'un peuple en danger; un pièce qui sans prétention amène le spectateur à réfléchir aussi sur la manipulation du public par les médias.

NICOLAS NAIZY (St.)

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