Scènes Ossama Halal crée au National un spectacle poétique et politique. Humble et virtuose. À Bruxelles jusqu'à dimanche, puis au NTGent.

C’est l’histoire d’une mère et de son enfant mort, qu’elle tente de récupérer à tout prix, dût-elle laisser en chemin des morceaux d’elle-même : sa voix, ses yeux, ses cheveux - sacrifices qu’exige d’elle la Mort en personne. En s’inspirant du conte de Hans Christian Andersen L’Histoire d’une mère, le metteur en scène Ossama Halal, Syrien en exil au Liban depuis 2013, évoque la perte et l’espoir que chacun, dans le contexte guerrier du Proche et du Moyen-Orient, éprouve en son cœur, en son corps.

Après Cellophanes puis Above Zero (présenté au National il y a tout juste un an), Ossama Halal signe avec The Other Side of the Garden son troisième opus sur la situation dans son pays d’origine.

Une guerre aux visages multiples

Sa manière, et il le revendique, est organique et rituelle. Son propos montre combien le peuple syrien, dévasté par une guerre aux visages multiples, est assujetti au sacrifice pour simplement espérer rester en vie. 

Pour autant The Other Side of the Garden, pas plus que les spectacles qui l’ont précédé, ne se transforme jamais en plaidoyer. La fable évolue, aussi poétique que ses échos sont politiques, ciselée par une écriture précise et très visuelle, et entraîne le spectateur à la rencontre de ses propres démons. Ainsi l’universalité, loin de la tarte à la crème resservie sans cesse, prend-elle ici un sens puissant, tout en se gardant bien du relativisme absolu. 

© Hubert Amiel

Masque fascinant de Natacha Belova

Vêtus tous de longues robes blanches, les magnifiques artistes du Koon Theater Group - troupe cosmopolite, en origines comme en disciplines, basée à Beyrouth - adoptent tour à tour le rôle de la mère. Pour ce faire le National (le spectacle est une création du Studio TN, en coproduction avec les Ballets C. de la B.) et Ossama Halal ont fait appel à Natacha Belova - dont on connaît le travail remarquable notamment auprès de la Cie Point Zéro. La scénographe et plasticienne signe une marionnette fascinante, changeante, d’une douceur inquiétante. 

© Hubert Amiel

Théâtre, danse, cirque, poème visuel, performance rythmique et musicale : The Other Side of the Garden est tout cela à la fois, contenant toute la noirceur du monde et y piquant les fleurs du deuil, de la révolte, du réconfort, du renouveau.


  • Bruxelles, National, jusqu’au 14 octobre, à 20h30 (dimanche à 15h). En arabe, surtitré en français. Infos & rés.: 02.203.53.03, www.theatrenational.be
  • Gand, NTGent, les 18 et 19 octobre, à 20h. Infos & rés.: 09.225.01.01, www.ntgent.be