Scènes

Comme la grande majorité des scènes subventionnées, le Marni sera en 2017 sous régime “avenant”, en attendant la “remise à plat” annoncée par les ministres successives Joëlle Milquet et Alda Greoli. “On n’a jamais eu de contrat-programme , pointe Joëlle Keppenne, à la tête du Marni depuis 2003. Peut-être en aura-t-on un. Qui dit programme dit cinq ans, au lieu des quatre de la convention.”

Avec un budget de 225 000 euros couvrant les frais de fonctionnement (salaires, gestion du bâtiment, accueil des compagnies), auquel s’ajoutent 50 000 euros pour le jazz et 18 000 de la Cocof, “les compagnies sont payées à la recette, elles le savent. Néanmoins je suis toujours très sollicitée par les artistes cherchant un lieu où présenter leur travail.” Se pose alors la question des choix : “choix de cœur ? choix en fonction du public ? choix militant ?”

Agora, recherche, proximité

"La saison passée, on a noté une certaine frilosité – sans vouloir tout mettre sur le compte des attentats. Le public a d’un côté envie de se divertir et, de l’autre, besoin de réflexion.” Une volonté demeure : “Rendre le théâtre accessible, malgré des choix assez posés. Et revenir à l’agora, avec des discussions après les spectacles, ce que suscite l’espace bar assez spontanément. Mais on veut aussi le proposer de façon plus claire et développée, avec des intervenants choisis.”

D’autres espaces – le Labo, le studio en particulier – se font régulièrement lieux de recherche voire de résidence. Car le soutien aux jeunes compagnies fait partie des missions du Marni. Lieux de représentation aussi, avec leurs petites jauges induisant une proximité singulière.

L’enjeu de la proximité déborde du seul rapport scène-salle. “Un de nos fers de lance consiste à renforcer nos liens avec d’autres institutions.” L’exemple de “L’Enfant sauvage” de Céline Delbecq, la saison dernière, production solidaire et collective entre plusieurs théâtres et centres culturels, a créé un précédent exceptionnel. Pour l’heure, le Marni poursuit son étroite collaboration autour de la danse avec les Tanneurs (D Festival). Et tend à se rapprocher, côté théâtre, des Bosons, en s’inscrivant toujours plus résolument dans le tissu ixellois.

Jeune public côté danse

Le D Festival, parlons-en. On sait déjà qu’y verra le jour une courte pièce de Karine Ponties. Par ailleurs l’envie croît d’y développer le volet jeune public, en collaboration avec un autre lieu d’Ixelles (probablement le Mercelis), la Maison des cultures et de la cohésion sociale de Molenbeek, et Pierre de Lune, Centre dramatique jeunes publics bruxellois, partenaire régulier du Marni, notamment avec la journée “Traversées”, mais aussi le projet Rési’Danse – pour lequel l’appel à candidature pour la saison 16-17 est ouvert jusqu’au 23 septembre.

De la résistance, du ludique, de la jeunesse

En théâtre s’alignent cette année quatre propositions, dont une création. Toutes sont portées par des femmes : “Ce n’est pas fait exprès, mais il n’y a pas de hasard”, sourit Joëlle Keppenne. Ces pièces ont en commun leur pluridisciplinarité. “Le mélange des genres se fait de façon naturelle”, et la découverte survient dans la foulée. Car ce qu’on aime ici, c’est secouer les habitudes : brouiller les frontières entre les genres, susciter la circulation entre les espaces.

“Le Verfügbar aux enfers”, création de Marion Pillé (Les Souffleuses de Chaos), sous-titré “Une opérette à Ravensbrück”, mêle ce genre particulier aux marionnettes notamment. Un théâtre de résistance mais aussi d’humour, qui résonne alors que partout montent les intégrismes.


Au menu encore, en janvier-février, deux pièces qui, créées à Huy, s’adressent néanmoins tout autant aux adultes qu’aux ados : “Accident de personne” de Marie Limet, et “Colon(ial)oscopie” de Geneviève Voisin (en photo principale). Du ludique, du burlesque, du grave. Et de la jeunesse encore, en mars, avec “Save the date” d’après “Ivanov” de Tchekhov, par Clémentine Colpin, fraîchement issue de l’IAD.

Scène de jazz, le Marni Club se décline en concerts tout au long de la saison, mais propose aussi de plus amples rendez-vous, à commencer par le Marni Jazz Festival, dont la 13e édition, consacrée au piano, s’ouvre ce mercredi avec Jef Neve. En janvier viendra le temps du River Jazz Festival, en collaboration avec la Jazz Station et le Senghor. 


Quant aux murs du Marni, ils accueillent de plus en plus souvent des expos. De quoi à nouveau, on le disait, secouer les habitudes.

Marni, 25 rue de Vergnies, 1050 Bruxelles – 02.639.09.82, www.theatremarni.com