Scènes

En 2008, L’L accompagnait puis présentait leur premier opus en tandem, "Petit-déjeûner orageux un soir de carnaval" (repris en fin de saison passée au 210). L’L, aujourd’hui encore, épaule le duo pour "C’est toujours un peu dangereux de s’attacher à qui que ce soit". Avec son titre propice au lapsus (jeu pour peu, s’attaquer pour s’attacher), éclos - après une longue incubation - à l’Atelier 210 avant d’être présenté à Namur, le nouvel opus d’Eno Krojanker et Hervé Piron part d’un questionnement, livré tel quel : "On en avait assez des gros personnages, des grosses intrigues. On voulait aller à l’os. […] Pourquoi sommes-nous comédiens ?" Pourquoi ceux qui sont assis dans les gradins, dans leur très grande majorité, ne le sont-ils pas ? Comment se définit le rapport acteur/spectateur ?

Pour débroussailler le terrain, le duo va revisiter un souvenir d’enfance. Au pupitre, Hervé supervise la reconstitution. Derrière un écran, puis devant, Eno redevient petit garçon des années 80, en short imprimé, tee-shirt, méduses aux pieds, cartable en skaï à la main. Enfant unique, il a un confident, un ours en peluche, qu’il emmène pique-niquer dans la forêt. Mais le vent se lève, le tonnerre gronde. Et bientôt c’est le drame.

En quête d’émotions

Faire ressentir au public la détresse de ce gamin surpris par la tempête, voilà le défi du théâtre. Sauf que l’assistance semble moins réceptive que prévu…

Qu’à cela ne tienne, passons aux exercices pratiques. L’empathie, ça s’apprend. Joie, peur, souffrance, confiance, fascination : l’acquisition des émotions passe par le mimétisme, ainsi que l’a théorisé le pédiatre et psychanalyste Donald Winnicott, et que nous le rappelle la paire de comédiens.

Suivant la piste analytique, en passant par l’objet transitionnel qu’est le doudou, puis par l’évocation d’une récente rupture ou une perte douloureuse, les compères - dans des rôles à la fois bien délimités et en perpétuelle transformation - démontent la mécanique théâtrale, déjouent ses codes. Où le spectateur cherche à se faire rire, ou se faire peur, ou se faire frémir, l’artiste, lui, aspire au regard, à l’adhésion.

C’est sur le décalage voire le dérapage entre ces deux notions, et le malaise qui en jaillit, que tablent Eno Krojanker et Hervé Piron dans cette entreprise de construction/démolition, tantôt inquiétante, tantôt hilarante, qui vous convoque au-delà du miroir.


-> Bruxelles, Atelier 210, jusqu’au 25 septembre, à 20h30. Durée : 1h30. De 8 à 16 €. Infos & rés. : 02.732.25.98, www.atelier210.be

-> Namur, Théâtre royal, du 29 septembre au 1er octobre et du 13 au 17 octobre : 081.226.026, www.theatredenamur.be