Scènes

A intervalles réguliers ("La Noce du fils" en 2005, "Folles funérailles !" en 2008, "Des cailloux et des pommes" en 2011), la Maison éphémère, compagnie théâtrale, aborde des sujets liés à la ruralité dans un spectacle en plein air, mêlant professionnels et amateurs.

Cet été, Guy Theunissen signe "Moi je rumine des pensées sauvages" (éd. du Cerisier) qu’il met en scène en tandem avec Brigitte Baillieux, en tirant un joli parti du Domaine provincial d’Hélécine, à mi-chemin entre Bruxelles et Liège, vaste cadre que l’œil embrasse à la fin du jour - fût-ce sous un ciel qui a mis ses menaces à exécution. Mais des informateurs météo hors pair ont rassuré les organisateurs : la pluie aura cessé pour la seconde partie du spectacle, celle qui se passe dehors.

Métier essentiel et en perdition

En attendant, on prend place au sec, à l’une des nombreuses tables dressées dans l’imposante salle du dôme. Quelques calicots annoncent la couleur : le Domaine est occupé. Jean Vanleer (Philippe Allard), éleveur et producteur de lait, est au bord de la banqueroute. Avec quelques amis et surtout Charlie (Bernard Sens), son pote de toujours, mécanicien agricole, grande gueule et amateur d’armes à feu, ils ont mis sur pied un événement révolutionnaire et festif, afin de faire entendre leurs revendications aux édiles, à la presse et simplement à ceux qui, attablés devant une assiette de produits locaux, dépendent pour vivre d’un métier essentiel et en perdition. À la tribune, les chiffres fusent, fracassants et terriblement tristes, qui disent à quel point est dure la vie de ceux qui, au mieux, se maintiennent la tête juste hors de l’eau malgré les aides européennes. Ou qui renoncent…

La tragédie avec humour

Abondamment documentée (et faisant la promotion à l’entrée de la nouvelle tournée de "Nourrir l’humanité c’est un métier", une des sensations de la saison passée, autour des mêmes thèmes), cette fiction trace des parcours proches parfois de la tragédie, avec humour toujours. Et amour aussi pour cette terre de Hesbaye brabançonne. Sans omettre la complicité de bourgmestres du cru…

C’est que l’occupation du Domaine a compromis plusieurs mariages qui y étaient programmés. Sauf celui de Pierre (Louis Leurquin) et Violette (Caroline Theunissen) qui ont décidé d’embrasser la cause des occupants. C’est ainsi que les Black Cows entament leur concert dans le parc par leur version particulière de la Marche nuptiale.

Entre rock et rebondissements (avec un contrôleur de l’Afsca, des policiers, un voisin gros propriétaire, des flash-back sur l’histoire familiale des Vanleer, et même une prise d’otage), la deuxième partie oscille de gaîté en noirceur, pour une soirée certes artistiquement inégale, mais aussi festive que dense en réflexion.

Au Domaine provincial d’Hélécine, jusqu’au 9 août, à 20h (ouverture dès 19h). Durée : 2h30 env. Spectacle : 12 à 15 €. Repas : 12 €. Infos & rés. : 010.61.60.15, www.jerumine.be