Scènes Alain Moreau rend sa noblesse à la vieillesse. D’une grande justesse.

Méditatif, introspectif et extrêmement touchant, le "Soleil couchant" d’Alain Moreau, ce virtuose discret de la marionnette, invite à un autre rapport au temps, au geste, à sa précision, à la grandeur des petits riens. Réajuster son gilet, renouer sa cravate, vider le sable de sa chaussure, décapsuler une bière… Autant d’actes si souvent bâclés et qu’il devient soudain urgent de savourer. Comme la sensualité des pieds plongés dans le sable.

En osmose totale avec sa marionnette à taille humaine, à laquelle il donne vie et autonomie, Alain Moreau sait combien l’art se révèle dans le minimalisme, la retenue et le silence. Un silence qu’il a toujours privilégié au bruit du monde pour dire l’essentiel.

© Salvatore Pastore

Bien connu du jeune public auquel, depuis ce "Tour du bloc" en 1987 joué plus de 500 fois, son Tof Théâtre a offert de véritables bijoux tels "Cabane", "Sur la dune" ou encore "Piccoli sentimenti" (pour les tout-petits), il aime aussi abolir les frontières. Après avoir conté les balbutiements de l’existence, le voici qui passe du côté de la vieillesse. Que son "Soleil couchant" soit à l’affiche du Varia pendant trois semaines est d’ailleurs événementiel à plus d’un titre. Après un focus à La Montagne magique et aux Martyrs, en ce début d’année, le Tof poursuit la célébration de son trentième anniversaire avec un spectacle qui s’adresse uniquement aux adultes. Et qui y trouve sa place.

Bercé par le ressac

D’une extrême délicatesse, comme souvent avec cet artiste mû par un mélange de révolte et de tendresse, "Soleil couchant" dit tellement, sans un mot, sur l’imminence du départ. Des gestes dont la précision donne la mesure, des détails qui, à eux seuls, racontent une histoire. Telle cette alliance qui brille de tous ses feux à l’annulaire du vieil homme et qui dévoile l’amour qui l’unissait à sa femme. A l’image du soin prêté à sa toilette, malgré un lundi boutonné avec mardi, comme on dit, qui trahit sa distraction et sa confusion.

Qu’il est émouvant cet homme-là, dans son pantalon à pinces, sa chemise blanche, sa cravate rayée, sapé comme un dimanche pour aller se promener sur la plage. Là où se couche le soleil, bercé par le ressac et les musiques de Max Vandervorst, ce cher complice du Tof.

  • Bruxelles, Petit Varia, jusqu'au 17 mars, à 20h. Durée: 1h env. Infos & rés.: 02.640.35.50, www.varia.be